Varsovie est plus que tout autre ville européenne le réceptacle de l'histoire du XX siècle et porte avec fierté les stigmates de cette époque en assumant pleinement sa liberté retrouvée.
Août 2017
7 jours
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C'est dans les yeux de ses habitants puis de ses occupants que Varsovie, plus que tout autre ville, aura vu le désespoir, le courage, l'espérance, la folie et l'horreur. Pour n'aborder que le XXe siècle, la ville et la Pologne ont connu tour à tour la brutalité du nazisme et le joug soviétique. Le premier ne laissa de la capitale polonaise qu'un champ de ruines, le second, ne la reconstruisit que pour mieux l'asphyxier économiquement.

Désormais, depuis la chute de l'URSS, Varsovie cherche à rattraper ses voisines de l'Ouest, devant conjuguer son riche passé avec les enjeux économiques d'une capitale européenne. C'est ainsi qu'à l'orée de la vieille ville fidèlement reconstruite à l'identique dans l'après guerre se dressent les buildings de grandes firmes, étendards du libéralisme et la liberté qui y est associée, convoités durant tant d'années.

Le centre-ville historique s'ouvre au promeneur au terme de la rue Nowy Swiat. Le quartier fut le plus marqué par les combats que connu la ville lors de son insurrection en 1944 (dont il sera question plus tard) et de la fureur nazi qui s'ensuivit (ceux-ci allèrent jusqu'à dynamiter les ruines restantes). Pourtant aujourd'hui, le quartier semble inchangé aux regards des toiles du passé. C'est l'oeuvre des communistes et de la population dans l'immédiat après guerre qui reconstruisirent à l'identique le centre historique, se basant sur des photos et des peintures de l'artiste italien Canaletto, l'entreprise prit près de 40 ans.

Le centre ville historique est ceint par des remparts qu'il est possible d'arpenter depuis la place de l'Obélisque et jusqu'à la Barbacane. Si le quartier n'est pas étendu, il est très agréable de se balader dans ses ruelles colorées, loin du tumulte de la place centrale et de sa sirène, emblème protecteur de la ville.

A quelques encablures de là, en sortant par la Barbacane, il est possible de rejoindre l'imposant et saisissant monument de l'insurrection, rendant hommage aux nombreux combattants tombés durant le soulèvement.

Pour approfondir la question de l'Insurrection de Varsovie on ne peut que conseiller de se rendre au musée qui y est dédié. Celui-ci, extrêmement ludique et instructif, retrace l'insurrection de son premier jour jusqu'à la reddition des polonais, le tout agrémenté de reproductions et d'images d'archives.

Point historique: Varsovie a connu deux insurrections durant son occupation par les nazis. Une première en 1943 menée par les juifs polonais parqués dans le ghetto qui se soulevèrent dans un acte de désespoir face aux déportations et à la misère ambiante. Celle-ci fut réprimée rapidement malgré la vaillance des juifs et seulement quelques uns en réchappèrent en fuyant par les égouts de Varsovie avant de rejoindre la résistance polonaise.


La seconde insurrection elle, se déroula en août 1944 alors qu'à l'est comme à l'ouest le vent tournait en faveur des alliés. Face à l'avancée des troupes soviétiques, le gouvernement polonais en exil et la résistance polonaise décidèrent de se libérer seul afin de s'affirmer comme peuple autonome par rapport à Staline et à ses prétentions. L'insurrection fut lancée le 1er août 1944 avec des moyens militaires limités, des armes de secondes mains bricolées par les habitants, face à une armée allemande entraînée et équipée. Contre toute attente, les premiers temps de l'insurrection furent marqués par des succès pour les forces polonaises qui reprirent le centre-ville et de nombreux points stratégiques malgré les bombardements allemands et les divisions blindées. Mais sous-équipés et affamés, après 63 jours de combats, les Polonais capitulèrent sous l'oeil cynique de Staline, qui ne désirant pas d'opposition polonaise dans son projet d'URSS, regarda, posté à l'entrée de la ville, le peuple dépérir.

Si l'insurrection ne fit pas accéder les Polonais à l'indépendance et qu'ils tombèrent sous le joug soviétique, elle est le symbole d'un courage propre à ce peuple et eut le mérite, durant deux mois, de faire vibrer sous les mêmes bannières, Juifs, Polonais et autres slaves.

Le musée de l'Histoire juive.

Le musée Polin quant à lui retrace l'histoire juive en Pologne depuis le Moyen-Age où les Juifs connurent une relative paix dans le pays jusqu'au XX siècle où la question juive fut très délicate. Le musée traite notamment de la montée de l'antisémitisme, des deux guerres mondiales notamment du ghetto et de l'insurrection qu'il a connue mais également des pogroms commis par les Polonais dans l'immédiat après guerre.

Le monument à la gloire des héros du ghetto de Varsovie.  

A Varsovie, l'histoire ne se trouve pas que dans les musées mais également à tous les coins de rues où vous pouvez croiser les statues de grands noms de l'Histoire polonaise, tels qu'Adam Mickiewicz (écrivain et poète) ou Frédéric Chopin.

Il est également possible de croiser des vestiges de l'ancienne ville, comme à l'entrée du jardin saxon, où se dressent d'anciennes colonnes datant d'avant guerre, mais également des pans de mur criblés de balles, vestiges des intenses combats que la ville a connus !

Le Jardin Saxon 

Le Palais de la Culture:

En se baladant à Varsovie, il est difficile de manquer le grandiloquent et très socialiste Palais de la culture, "cadeau" du Petit Père des Peuples. Mal-aimé des Varsoviens, en raison de son origine et de sa démesure, le Palais de la Culture a failli être démoli à plusieurs reprises afin de laisser la place aux nouveaux gratte-ciels modernes.

Aujourd'hui il fait partie intégrante du paysage urbain et du patrimoine, de plus, la tour offre certainement le plus beau panorama de la ville sur les alentours, le tout pour une dizaine de zlotys.

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Praga se dresse sur l'autre rive de la Vistule et est bien moins fréquenté par les touristes et pour cause, pendant longtemps le quartier avait jusqu'à récemment, la réputation d'être malfamé. En pleine métamorphose, il passe rapidement de l'ancien quartier industriel et ouvrier pauvre, à un haut lieu de l'art contemporain et de la culture alternative.

La balade dans les ruelles de ce quartier est ponctuée par des fresques murales et autres performances de street art qui donnent un peu de vie aux façades de brique qui ont gardé leur patine des années 40. C'est en poussant dans des cours d'immeubles où l'on découvre les meilleures oeuvres du street art.

Pont menant à Praga et les façades du quartier 

Si le quartier est en cours de gentrification, certains artistes de Varsovie tentent d'inclure dans les mouvements artistiques que connaissent les lieux, la population locale. Les métamorphoses que connaissent partout dans le monde ces anciens quartiers industriels se font souvent au détriment des habitants originels mais pas à Praga. Ici, on laisse la voix aux autochtones qui participent à la réalisation de nombreux projets collaboratifs, dont des fresques murales, afin que l'art ne "s'élitise" pas au point de mettre à l'écart une partie de la population. Citons, entre autres, une fresque réalisée par les enfants du quartier.

Le quartier a vu ouvrir de nombreux bars plus ou moins branchés et alternatifs qui, par l'animation de leurs terrasses et la musique qui s'en échappe achèvent de redonner vie aux lieux. Les adresses que nous avons préférées se situent presque toutes le long de la rue Ząbkowska, qui, le soir en été, est fermée à la circulation et éclairée par des lampions fantaisistes.

Pour n'en citer que deux, on peut conseiller W Oparach Absurdu ("Aux vapeurs de l'absurde") pour ses jams musicaux et ses excellents pierogis ainsi qu'un bar éphémère dans une dent creuse de la rue, vendant fleurs et plantes durant la journée et organisant des concerts le soir.

Praga recèle de nombreux musées pour le moins insolites.

Musée du néon:

On peut citer le musée du néon qui pourrait paraitre tout à fait saugrenu mais qui en réalité est une petite merveille artistique et historique. En effet, le néon, symbole du consumérisme, a joué un rôle important dans la Pologne communiste, devenant une forme de contestation du régime en place. Face à la prolifération des néons, le gouvernement a préféré les utiliser pour son propre compte, à titre d'éclairage public. Paradoxalement, aujourd'hui, la majorité des néons ont été démontés et stockés dans le musée en question, car rappelant bien trop l'époque communiste.

Musée de la vie sous le communisme:

Un autre musée mérite l'attention du passant est celui de la vie sous le communisme qui, loin de dénoncer les méfaits de ce régime que nous connaissons tous, a une visée Ostalgique (la nostalgie de l'ancien bloc de l'Est) exposant plusieurs objets du quotidien, emblématiques de l'époque. Il est ainsi possible de s'étonner devant un distributeur d'eau pétillante disposant d'un verre attaché à une chaine, le consommateur devant déguster sa boisson sur place. Ce même procédé se retrouvait dans les bars à lait de l'époque où les couverts étaient attachés à la table afin que les clients ne les emportent pas avec eux, à défaut de pouvoir en trouver en magasin.

Praga, comme tout quartier polonais qui se respecte, dispose de ses monuments religieux, notamment d'une majestueuse cathédrale que l'on peut déjà apercevoir depuis l'autre rive de la Vistule. Toutefois, comme pour souligner son originalité par rapport à d'autres quartiers plus traditionnels, Praga dispose de son église orthodoxe qui mérite un détour.

Pour terminer la visite de Praga, il est agréable de faire une boucle passant par le Parc Skaryszewski, depuis lequel il est facile de rejoindre le centre historique par la suite. Le parc s'articule autour d'un gigantesque plan d'eau, bordé de saules pleureurs, des chaises longues sont à disposition pour se prélasser au soleil.

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Témoignage de son riche passé royal et aristocratique, la ville possède de gigantesques parcs dans lesquels on peut passer vagabonder pendant des heures, les deux principaux sont Łazienki, qui se trouve en plein coeur de la ville et Wilanów, qui lui, est plus excentré.

Łazienki:

Ce parc, situé au sud de la vieille ville au bout de la voie royale, Łazienki est accessible en 20 minutes à pied ou en quelques minutes avec les bus 116 et 180. Son nom pourrait se traduire littéralement par "les bains" car c'est ici que se tenaient les bains royaux. Le parc en lui-même est gigantesque et très agréable à visiter, pour les plus curieux, un ensemble de bâtiments composé de petits palais est accessible pour une vingtaine de Zloty.

Notons dès l'entrée un joli pavillon asiatique, au bord d'un plan d'eau, entouré de lampions, apportant quiétude et tranquillité. A partir du pavillon de nombreux chemins gagnent les différents recoins du parc. Mais si vous y venez avec une idée précise en tête, consultez les plans à l'entrée car le parc est vraiment très étendu.

Les parcs de Varsovie ont la particularité d'être peuplés de nombreux écureuils roux, lesquels ne sont absolument pas farouches et se laissent approcher assez facilement !

Le haut lieu d'intérêt touristique de Łazienki est son grand palais, délicatement posé sur un îlot artificiel et gardé par de nombreux paons et de gigantesques carpes nageant nonchalamment dans les eaux environnantes.

Notons également que tous les dimanches sont organisés des concerts plein air et gratuits retranscrivants l'oeuvre de Chopin au pied du monument qui lui est dédié.

Né à Żelazowa Wola, à 50 km de Varsovie, Frédéric Chopin est une des figures historiques du pays. Tout un musée lui est consacré, à deux pas de la rue Nowy Świat et il est aussi possible de rendre hommage à l'artiste à l'intérieur de l'Eglise Sainte Croix où est conservé son coeur.

Wilanów:

Situé à 8 kilomètres du centre ville, les lieux sont desservis par les mêmes bus que pour Łazienki. Si l'on devait se risquer à une comparaison hasardeuse, on pourrait qualifier Wilanów de "Versailles Polonais", par la richesse des lieux et leur somptuosité. Epargné miraculeux de la guerre et du Communisme malgré sa nature très opulente et ostentatoire, le Palais a vu défiler entre ses murs les plus grands dignitaires du XX siècle.

Si les intérieurs sont fastes et somptueux et raviront les amateurs de baroque, nous retiendrons surtout les lieux pour le gigantesque parc qui s'étire autour et qui se décline en de nombreuses ambiances, dont une orangerie, des parterres "à la française", un jardin plus anglais dans sa composition et une sorte de pagode asiatique. Un grand plan d'eau borde les lieux, il est possible d'y naviguer dans de mignonnes barques de bois pour quelques zlotys.

L'industrie constituait une part non négligeable de l'économie polonaise et reste omniprésente dans le paysage ce qui a pour conséquence de créer des contrastes étonnants entre des lieux très naturels et une cheminée d'usine se détachant en toile de fond. Ce qui surprend le plus à Wilanów c'est la diversité de la faune qui batifole lorsque les températures sont clémentes, comme avec ces libellules !

A la sortie du parc il peut être intéressant de marquer l'arrêt au Musée des affiches qui propose des expositions temporaires très variées, toujours à travers le support de l'affiche, comme objet politique et idéologique. Lorsque nous y sommes passés, le thème abordé était le droit des femmes.

Ainsi s'achève notre tour des espaces verts de Varsovie, bien que la ville en regorge et que nous n'avons mentionné que les principaux. Nous avons été étonnés par l'omniprésence de la nature dans une capitale européenne d'un pays qui n'est pas réputé pour son engagement en faveur de la nature.

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Nous qui avions beaucoup voyagé en Pologne nous boudions Varsovie, la pensant trop défigurée par les stigmates de l'Histoire et par une reconstruction trop hâtive. Si nous avions su à quel point nous nous trompions! Certes, les cicatrices du passé sont présentes et visibles mais elles n'enlaidissent en rien la ville et bien au contraire, lui donnent un charme propre, permettant à celle-ci d'afficher et d'affirmer son identité. C'est dans cette capitale à la liberté retrouvée, que chaque jour se joue un combat pour le progressisme et la tolérance qui sont plus que jamais menacés dans un climat politique délétère et marqué par le conservatisme du parti au pouvoir.

On ne peut qu'espérer que la ville et le pays ne perdent pas la liberté pour laquelle ils se sont tant battus par le passé et que Varsovie conserve ce qui fait son charme, une ville accueillante au carrefour de l'Histoire.

Natalia et Joseph