Longtemps délaissée au profit de Lisbonne, Porto connait aujourd'hui un renouveau tant économique que culturel et relève avec brio le défi imposé par la modernité et le maintien de son authenticité.
Février 2018
5 jours
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C'est en cherchant chaleur et soleil au comble de l'hiver que notre regard s'est tourné vers Porto et ses façades colorées. Pour la troisième fois nous revenions au Portugal avec en mémoire, les doux souvenirs laissés par nos séjours à Sintra et Lisbonne.

Lors de notre passage à Porto, nous logions dans un petit mais agréable appartement sur la rue Boavista à 15 minutes à pied du centre historique, dans la partie "haute" de la ville. Porto peut se découper grossièrement en trois parties, une ville haute, plus populaire et résidentielle, les berges du Douro (La Ribeira) qui concentre l'essentiel du flux touristique et la Villa Nova de Gaia, anciens docks où se trouvent encore les chais à porto qui se visitent.

Porto et les berges du Douro  
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La ville haute de Porto se visite au gré de ses ruelles chatoyantes, de ses nombreuses places et squares, lesquels invitent à la flânerie. Les promenades en ville sont fort agréables car, dans le centre historique, en se perdant volontairement, on trouve toujours une jolie petite place, un beau bâtiment couvert d'azulejos ou une rue escarpée et colorée !

Porto abrite d'ailleurs sur ses hauteurs plusieurs jardins, lesquels offrent une vue imprenable sur la ville et le Douro. Le premier qui a attiré notre attention a été le "jardim do passeio das virtudes", lieu de détente privilégié des portuans, aménagé en plusieurs terrasses surplombant le fleuve et ses berges. Ces lieux, très bien exposés en fin d'après midi, invitent à la flânerie et à la détente sous les rayons du soleil déclinant avec une SuperBock (la bière nationale) en guise de rafraichissement.

En poussant un peu plus loin, on peut atteindre le "jardim do palacio de Cristal", reconnaissable au dôme en verre qui trône en son sein. Ce jardin compte une multitude d'ambiances différentes, qu'il est agréable d'explorer au gré des petits sentiers, dont certains aboutissent à de beaux points de vue sur le Douro et la ville. L'endroit regorge également de petits points d'eau, cascades, fontaines en tout genre qui ne sont pas sans rappeler les jardins des palais de Sintra dont il a déjà été question dans un précédent récit. Si les jardins portugais sont toujours plus ou moins aménagés, ils le sont d'une manière qui leur permet de conserver un aspect assez naturel en fin de compte. Nous avions déjà eu l'occasion de remarquer cela lors de nos précédents séjours et la chose s'est réaffirmée lors de notre voyage à Porto.

En gagnant la place où se trouve le jardin de Cordoaria, le promeneur se trouvera confronté à une haute tour qui domine les bâtiments alentours, la "Torre de Clerigos". Au terme d'un de l'ascension des 240 marches que compte la tour, l'effort est récompensé par une un panorama époustouflant sur Porto et ses environs.

L'ascension de la Torre de Clerigos sera l'occasion, en plus de jouir d'une vue imprenable sur la ville, de prendre conscience du bouillonnement de travaux publics que connait cette dernière. En effet, pendant longtemps Porto n'était que peu visitée. Dans les années 1990 le centre de ville a été inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco, puis en 2001 Porto a été élue capitale européenne de la culture. Ces deux inscriptions ont eu pour effet de relancer la dynamique du tourisme. Depuis, la ville se "refait une beauté" mais également se modernise pour faire face à l'afflux des touristes et aux exigences qui y sont inhérentes. Les travaux sur les façades sont considérables, la ville s'est dotée d'un métro flambant neuf, les rénovations vont de bon train, sans pour autant dénaturer l'esthétisme général de la ville qui conserve une certaine authenticité.

Aux pieds de cette même tour, on trouve le musée de la photographie de Porto qui mérite le détour, tout particulièrement pour les passionnés du huitième art. Le musée occupe l'ancienne prison de la ville, ce qui donne une atmosphère particulière aux lieux. On y trouvera des expositions temporaires (un poil trop "conceptuelles" à notre goût, du moins lors de notre passage) mais également une exposition retraçant l'histoire de la photographie. On appréciera tout particulièrement la galerie dédiée à l'évolution des appareils photographiques, des premiers sténopés aux réflex contemporains, en passant par curiosités comme des appareils miniatures ou des gadgets d'espions datant des périodes de guerre.

Non loin de la Tour des clercs se situe également l'un des lieux les plus touristiques de la ville, la Librairie Lello. Cette somptueuse librairie a été de nombreuses fois encensée par les guides touristiques et aurait même été un lieu d'inspiration pour une certaine J.K Rowling. Il est vrai que se dégage des lieux, qui s'ouvrent sur un gigantesque escalier en colimaçon et une verrière au plafond, une atmosphère ensorcelante . Malheureusement, la librairie est victime de son succès, et nous avons beau eu venir pour l'ouverture, une queue considérable s'y était déjà formée.

Pour accéder à la librairie et afin de canaliser le flux touristique qui s'y déverse, il faut désormais acheter un ticket au prix de 4 euros dans la boutique voisine à la librairie. Celui-ci vous sera remboursé sous forme de remise si vous achetez un livre, car avant d'être un lieu hautement "instagramable", il s'agit avant tout d'une librairie disposant d'une magnifique collection de livres neufs ou anciens, dans différentes langues.

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La Ribeira est très certainement le coeur touristique de Porto ainsi que son quartier le plus emblématique. C'est ici, le long des berges du Douro et sous l'ombrage de l'imposant Pont Luis Ier, que se concentre l'essentiel de l'activité tant touristique que culturelle. Les lieux sont d'ailleurs extrêmement fréquentés et on ne peut que déconseiller de se risquer dans un des nombreux bars et restaurants qui s'y trouvent. Le mieux pour apprécier la vue sur la ville escarpée et ses berges est de traverser le pont et de se balader sur les quais opposés.

C'est ici, amarrés aux quais, positionnés en face des chais à porto, que l'on trouve les bateaux emblématiques qui, fut un temps, acheminaient le vin depuis la Haute vallée du Douro. Ce point de vue est l'occasion de prendre pleinement conscience de l'escarpement de la ville et de l'épreuve infligée à nos jambes lors des balades pédestres.

Non loin des quais, un peu plus en hauteur, prend place le "Palacio da Bolsa" un des édifices les plus remarquables à condition de ne pas s'arrêter à son aspect extérieur plutôt lambda. Le lieu a servi et sert toujours de siège à l'association marchande de Porto. Les éléments les plus impressionnants de ce palais sont, sans nul doute, le grand escalier taillé à même le marbre, la grande cour de l'édifice et enfin, la pièce maîtresse: le salon mauresque. Ce dernier est d'une richesse incroyable sans pour autant tomber dans une décoration exubérante. Les motifs incrustés dans les stucs sont inspirés de ceux que l'on peut trouver dans l'Alhambra de Grenade, de plus, des versets coraniques y sont incorporés.

Non loin du pont Luis Ier, se dresse la Cathédrale Sé. Cette dernière, au delà d'offrir un beau spectacle en elle même, constitue un point de vue imprenable sur Porto et ses toits. Au-delà d'être son éponyme, la cathédrale, de par son architecture, n'est pas sans rappeler celle de Lisbonne. Allez savoir pourquoi, bien qu'elle ne soit pas l'édifice le plus grandiloquent qui soit, ni forcément le plus charmant, elle nous a "envouté". Une fois encore, la vue qu'offre la Sé depuis son promontoire permet de prendre conscience des nombreux travaux qui agitent Porto, mais également du charme qui émane de ces toits colorés et des façades parsemées d'azulejos.

Bons baisers de Porto 

La nuit tombée, une fois l'effervescence de la journée passée, il est agréable d'aller se balader sur les quais, d'autant plus qu'il est aisé de trouver une place pour s'adonner à la photo (ce qui n'est pas forcément le cas en journée), l'occasion de faire quelques poses longues !

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Historiquement, Villa Nova de Gaia est le quartier de production du porto. C'est ici que les raisins, une fois vendangés dans la haute vallée du Douro, sont transportés et transformés. Les producteurs emblématiques de porto y ont encore leurs chais qu'il est possible de visiter. Pour rejoindre le quartier il faut emprunter le pont Luis Ier, dont il convient de faire un bref portrait historique.

Le pont Luis Ier est sûrement l'édifice le plus emblématique de la ville de Porto. On attribue souvent à tort sa réalisation à Gustave Eiffel (qui a beaucoup oeuvré dans la région) alors que c'est l'un de ses apprentis qui en est l'architecte. Ce gigantesque pont à double étage fascine par la finesse des traits et par ses proportions, qui, aussi démesurées qu'elles soient, ne rendent pas l'ouvrage trop massif. L'étage supérieur sur lequel circule le métro enjambe le Douro sur une distance de 390 mètres et offre une vue absolument splendide sur les quais et la ville tout entière.

Les chais à porto sont nombreux et répartis dans tous le quartier avec une forte présence néanmoins sur les quais (ces derniers sont beaucoup plus touristiques). Pour notre part, parmi les grandes enseignes de porto qui ont pignon sur rue, nous avons choisi "Taylor's". Le très beau chai de chez Taylor's se visite au gré d'un parcours ludique guidé par une carte et les conseils d'un audioguide. Ce qui frappe en premier lieu c'est l'odeur: cette forte et acre senteur de vin émanant des centaines de fûts nous enivre instantanément ! La visite permet de se familiariser avec le terroir du Haut Douro, les cépages ainsi que les vendanges et les spécificités de la production du porto.

Point culture sur le porto:

L'origine du porto remonte à l'époque de l'embargo imposé par Louis XIV à l'Angleterre, privant cette dernière des vins français. Les britanniques découvrent alors au Portugal des vins de qualité similaire, néanmoins voyageant moins bien que les crus français. Afin d'en faciliter le transport, un marchand anglais a eu l'idée d'ajouter au vin de l'eau de vie. Ainsi naquit le porto.

A l'instar des vins "classiques", il existe différents types de cépages et donc une multitude de portos. Tout d'abord, il existe des portos blancs et rouges, ces derniers étant nettement plus fréquents. La diversité de portos tient également à leur maturation et à leur conditionnement. Ainsi, distingue-t-on les Ruby, stockés dans des foudres (gigantesques fûts de plusieurs milliers de litres) dont la maturation est plus courte et l'apport en oxygène moins important, et les Tawny, conservés dans des fûts plus petits mais pendant une période plus importante, pouvant aller jusqu'à une quarantaine d'années. Ces derniers sont bien plus clairs et fruités que les Ruby. Enfin, on distinguera également les Porto Vintage ou millésimé, provenant des meilleures récoltes, qui, contrairement aux autres, vieillira en bouteille.

La visite du chai se solde par une dégustation des crus de la maison, dans un cadre tout à fait charmant, dans une pièce faite entièrement en bois clair donnant sur un magnifique jardin où s'épanouissent en toute liberté paons et poules.

Après une rapide étude de marché, il s'est avéré que la majorité des producteurs proposent des tarifs relativement similaires. En ce qui concerne Taylor's, il nous a fallu débourser 12 euros, lesquels ouvrent le droit à la visite, à l'audioguide ainsi qu'à une dégustation de deux portos en fin de parcours.

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Il aurait été dommage lors de notre séjour de ne se limiter qu'à la ville, la région ayant énormément à offrir, notamment pour poursuivre notre initiation oenologique. C'est pourquoi, profitant d'une belle journée, nous avons sauté dans un train vétuste à destination de Paso da Regua avant de rejoindre en bus la ville "sainte" de Lamego. Le trajet en train, passé les abords de Porto, est vraiment magnifique et pittoresque. Le chemin de fer longe les rives abruptes du Douro et ses cultures de vigne en terrasses. Faiblement urbanisées, les berges du fleuve serpentent élégamment au gré des hautes collines qui abritent les vignes des intempéries et confèrent à la région sa situation si particulière.

Une ligne de train remonte le Douro pour en desservir les principaux lieux de vie, dont la Paso da Regua, qui constitue une bonne base de départ pour explorer la région. Des trains partent régulièrement des deux principales gares de Porto, Sao Bento et Campanha. Le trajet aller pour Paso da Regua est aux alentours d'une dizaine d'euro (avec des réductions pour les étudiants européens) et dure environ 2 heures. De Paso da Regua, il est possible de prendre des bus (qui se trouvent à la sortie de la gare) pour rejoindre la ville de Lamego à une demie heure de là pour la modique somme de 2€.

Les vignes et villages du Douro 

Lamego est une ville au passé tourmenté ayant, à l'instar de la région, changé de main à de nombreuses reprises. Aujourd'hui, elle est particulièrement connue pour le "Santuario Nossa Senhora dos Remedios" lieu de pèlerinage notable pour les croyants portugais cherchant à soigner une affliction particulière. Pour atteindre le sanctuaire, il faut gravir des escaliers à la symétrie parfaite et sur lesquels des scènes bibliques en azulejos sont dépeintes. Par chance, ou absence de fréquentation à cette période, les lieux étaient déserts, achevant de les nimber d'un certain mysticisme.

Lamego, qui est une petite bourgade tranquille, possède également un très belle église située en contrebas de la ville et une tour fortifiée qui domine la région. Mais la visite des lieux ne devrait pas prendre plus d'une demie journée, ce qui laisse amplement le temps de réaliser cette escapade en une journée.

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Ce séjour à Porto, alors qu'une nouvelle ère glacière frappait l'Europe du Nord, aura été une aubaine bienvenue pour se couper de la vie universitaire et professionnelle. Une fois encore, nous avons éprouvé cette douceur de vivre si propre au sud de l'Europe. Ici, le rythme paisible du Douro à son arrivée dans la ville invite à la détente et à la contemplation des ruelles escarpées et des façades colorées de la Ribeira. Les produits viticoles savoureux achèvent de compléter ce tableau idyllique de Porto, qui ne se lasse pas de séduire les voyageurs de tout bord. Ce tableau n'est nullement dégradé par les métamorphoses que connait actuellement la ville, qui, faisant face aux exigences de la modernité et de son statut nouvellement acquis, se pare de ses plus beaux atouts sans pour autant perdre l'authenticité vétuste qui fait son charme.