Carnet de voyage

L'Odyssée Marocaine

9 étapes
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Rihla: Genre littéraire arabo-musulman retranscrivant un voyage initiatique pour son auteur riche en observations et en découvertes culturelles.
14 mai au 9 juin 2017
27 jours
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Comme nombre de voyageurs avant nous, notre voyage commença à Marrakech, la rouge, l'ocre, vitrine et poumon économico-touristique du pays, mais contrairement à beaucoup, nous ne comptions pas nous limiter uniquement à cette ville.

Dans la médina:

La ville est composée de deux parties, une ville nouvelle moderne et une médina ou ville ancienne, laquelle s'articule autour de la très animée et touristique place Jemaa El-Fna. Cette dernière est extrêmement vaste et regorge de gargottes, de vendeurs de pacotilles et autres montreurs de bestioles. Relativement mouvementée la journée malgré les fortes chaleurs, elle s'anime véritablement le soir à l'heure du diner où les restaurateurs vous héleront avec plus ou moins de véhémence depuis leurs cantines.

Animation de fin d'après midi 

Nous ne pouvons que vous déconseiller de manger sur les terrasses surplombant la place, celles-ci étant (pour les trois que nous avons essayés) très chères et de qualité médiocre. Toutefois, il est très agréable d'y prendre un thé afin de profiter de l'animation de la place au calme.

La place est immédiatement bordée par les souks, marchés fourmillants et débordants d'activité où les plus courageux iront se perdre. Ceux-ci sont organisés par professions, les épiciers, les tanneurs, les cordonniers, mais à Marrakech surtout, on y trouve un véritable labyrinthe de commerces en tout genre dans lequel il est difficile de se repérer.

Les souks de Marrakech ont mauvaise réputation et peut être à raison, soyons clair, vous ne risquez rien physiquement et le Maroc est un pays tout à fait sûr, mais certains marchands et habitants, face à l'afflux touristique, ont développé des pratiques commerciales "agressives" lesquelles ont également cours dans la médina. Pour ne citer que quelques exemples, si vous êtes perdus, de nombreuses personnes s'empresseront de venir vous porter assistance et contrairement à ce qu'elles prétendent le plus souvent, ce ne sera rarement gratuit.

On ne peut que vous conseiller d'éviter les faux-guides vous proposant de vous mener aux tanneries et plus d'y aller par vos propres moyens, sinon vous serez trainés dans une échoppe et vous aurez du mal à vous défaire du ou des vendeurs ! De manière générale, il vaut mieux bien choisir les personnes à qui demander de l'aide, ainsi privilégier les restaurateurs, policiers et épiciers.

Malgré ces quelques points noirs, les souks valent réellement le détour à condition de faire preuve de fermeté et de confiance en soi ! Vous y trouverez tout un artisanat plus ou moins authentique ainsi que de nombreuses épices mais surtout une profusion d'odeurs et de couleurs qui chambouleront vos sens !

Non loin des souks, se trouve la Médersa Ben Youssef, école coranique richement décorée et à l'élégante architecture ainsi qu'aux arabesques fins et raffinés le tout s'organisant autour d'un patio et de son point d'eau. Il est conseillé d'y arriver tôt avant que les foules ne s'y pressent.

La Merdersa. 

A quelques pas de la place Jemaa El-Fna se dresse la Koutoubia, minaret érigé par les Almohades et qui servit de modèle à la Giralda de Séville dont il fut question dans un précédent carnet. Bien qu'elle ne se visite pas comme l'ensemble des mosquées du pays, il est plaisant de se balader autour en fin de journée lorsque le soleil darde de ses derniers rayons le majestueux minaret qui semble alors s'enflammer.

La Koutoubia. 

Vous trouverez également un agréable parc au pied du minaret apportant un peu de fraîcheur durant les chaudes journées que connait la ville.

C'est également au pied de la Koutoubia (au square Foucauld, là où sont entassées les calèches touristiques) que part la majorité des bus citadins desservant les gares et l'aéroport, solution bien plus économique que le taxi. Voici une liste non exhaustive des lignes au départ du square:

- Ligne 8 ou 10 pour les gares ONCF, CTM et Supratours.

- Ligne 1 pour les Jardins Majorelle.

- Ligne 15 pour la Ménara

- Ligne 19 pour l'aéroport.

Dans la ville nouvelle:

Il est une étape incontournable à Marrakech, celle d'aller chercher un peu d'ombre et de fraicheur dans les magnifiques jardins Majorelle, ancienne demeure de Yves Saint-Laurent, aux couleurs chatoyantes et à la végétation luxuriante.

Bleu Majorelle et végétation luxuriante. 

Les jardins s'articulent autour de nombreux bassins desservis par de petits chemins de promenades, avec au centre, la villa Majorelle, laquelle ne se visite pas, bien qu'un musée d'art berbère ait ouvert en son sein.

Comptez 70 dirhams l'entrée en plein tarif et moitié moins pour le tarif étudiant. Il y a également un agréable café dans le jardin où il est possible de prendre un thé malgré les prix qui sont largement au dessus de ceux pratiqués dans la ville.

Il est également possible, en quelques minutes de bus de la place, de se rendre à la Ménara, charmante oliveraie au coeur de laquelle se trouve un magnifique pavillon (lequel se visite) et un gigantesque plan d'eau derrière lesquels se dessinent les montagnes de l'Atlas, le spectacle est apparemment particulièrement époustouflant en hiver, lorsque les monts sont enneigés.

La Ménara. 

Une fois acclimatés à l'environnement marocain, le temps était alors venu pour nous de quitter la ville. Pour ce faire, deux grandes compagnies sérieuses permettent de gagner l'ensemble de pays via des bus très confortables et peu onéreux, la CTM et la Supratours (annexe de la ONCF, compagnie des chemins de fer marocains). C'est au moment de notre départ que nous commencions tout juste à nous acclimater à Marrakech, car c'est une ville exigeante, demandant un certains temps, et dont le charme n'opère que progressivement. C'est donc tout excités que nous l'avons quitté tout en nous promettant d'y revenir et de l'apprivoiser davantage!

Nous logions au Riad Ben Saleh au coeur de la médina, un superbe établissement s'agençant autour d'un beau patio et d'une vaste terrasse sur laquelle sont servis de copieux petits déjeuners marocains. L'accueil y est chaleureux et serviable, les propriétaires vous fourniront toute l'aide nécessaire à la découverte de la ville.

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Ouarzazate 

Après Marrakech, nous avons décidé de mettre cap sur Ouarzazate, appelée aussi la "Porte du Désert". La route qui y mène serpente à travers les montagnes de l'Atlas (estomacs sensibles s'abstenir !) et offre des paysages désertiques, parfois presque lunaires, à couper le souffle, le tout ponctué par des points de verdure éparses bordants les lits de rivières asséchées (oueds en arabe).

Sur la route de Ouarzazate. 
Sur la route de Ouarzazate.  

Ouarzazate, contrairement à l'image que nous nous en faisions, est une assez grande ville, particulièrement connue dans le monde du 7e art. En effet, ses environs ont servis de lieu de tournage de nombreux blockbusters tels que Gladiator, Prince of Persia ou encore Inception.

La ville aux teintes ocres, possède également une magnifique et vaste Kasbah, anciennes fortifications destinées à protéger les caravanes marchandes durant leurs haltes.

La Kasbah 

Ce n'est pas vraiment dans nos habitudes mais pour la visite de la Kasbah nous avons eu recours à un guide (officiel), proposant ses services au niveau de la caisse. La citadelle étant gigantesque et les pièces vides, vous aurez besoin de la voix entrainante d'un guide pour faire revivre l'histoire d'antan, comme aux temps fastes du Pacha ! Pour 100 dirhams, le guide dispense une visite des lieux, ainsi qu'un résumé historique, de la ville, de la région et plus généralement du pays et de sa culture !

La visite se clôture par une balade dans la mellah, ancien quartier juif, quasiment abandonné et jouxtant la Kasbah, l'occasion de s'arrêter chez l'un des rares artisan encore actif, et de s'offrir un chèche après s'être essayé au marchandage !

Longtemps, les juifs et les musulmans ont cohabité dans la plus parfaite des paix, de l'Andalousie jusqu'aux confins du Magreb, liés par une interdépendance économique et par la proximité de leurs croyances. L'Islam prohibe les intérêts financiers ce qui n'est pas le cas du judaïsme, ainsi, les musulmans avaient recours aux juifs pour leur affaires commerciales, lesquelles profitaient de la situation pour s'enrichir également. Voilà pourquoi, les juifs ont longtemps joué le rôle de conseillers économiques et pourquoi les Mellahs jouxtent les sièges du pouvoir.

La Mellah 

Mais Ouarzazate est surtout un excellent point de départ pour découvrir la région et ses richesses, comme l'Oasis de Fint et le Ksar Ait Ben Haddou. Malheureusement, pris par la maladie, nous n'avons pas pu nous y rendre et après deux jours passés à se remettre sur pieds, nous devions partir en bus pour rejoindre Merzouga, dans le désert.

Pour rejoindre Ouarzazate depuis Marrakech, comptez 85 dirhams (environ 8€) et 4h30 de trajet avec la compagnie CTM, laquelle dessert la région plusieurs fois par jours.

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Après huit longues heures de bus à travers les paysages arides et déchiquetés des plateaux de l'Atlas, nous sommes entrés dans le royaume de l'Erg chebbi, formation dunaire sableuse et désertique, surnommé "le petit Sahara" à quelques kilomètres de la frontière algérienne.

Le bus marque l'arrêt au village de Merzouga, organisé autour d'une belle palmeraie, aux pieds des dunes.

La palmeraie de Merzouga. 

Il vous faudra éconduire les guides qui vous alpaguent à la sortie du bus (ceux-ci ne sont pas insistants, dites leur simplement que vous avez déjà un endroit où loger). Le village est relativement petit et on s'y repère facilement, l'essentiel des commerces étants regroupés sur l'avenue principale où s'arrête le bus.

Nous logions dans la très agréable maison d'hôtes "Chez Julia" tenue par une artiste autrichienne avec l'aide d'une famille de locaux. L'accueil y est très chaleureux, les lieux décorés avec goût, la cuisine délicieuse et enfin petit plus, il y a la climatisation pour affronter les températures du désert !

L'attraction touristique de la région consiste en une excursion à dos de dromadaire dans le désert et d'une courte nuit sous tente berbère afin d'admirer les dunes incandescentes au lever du soleil. La grande majorité des Guests Houses organisent ce genre d'excursion: sont compris le guide, les dromadaires, le diner, la nuit et le petit déjeuner. Le départ se fait en fin de journée lorsque la chaleur s'estompe afin de rejoindre le campement en une ou deux heures. Pour notre part, l'excursion s'est transformée en périple à travers l'orage quand nous avons été surpris en plein milieu des dunes par une pluie battante et des rafales extrêmement violentes, soulevant le sable, nous obligeant à trouver refuge derrière les quelques rares arbres présents. Ces péripéties auront eu le mérite de teindre le sable en un orange presque surnaturel (promis ce n'est pas notre outil de saturation qui a explosé).

Mad Max marocain.  

L'excursion, a condition d'être dans un groupe peu nombreux (nous n'étions que deux) a quelque chose de presque surnaturel. Le silence nimbant la balade et l'impression d'immensité de ce désert confère un sentiment de solitude et de paix (à condition que des quads ne viennent pas briser le charme, car apparemment, c'est une activité prisée, mais ce ne fut pas notre cas). Le parcours est ponctué par quelques arbres éparses surgissant de nul part.

Les sables de l'Erg Cherbi pendant l'orage et le lendemain matin, une couleur presque irréelle.  

Les Guesthouses disposent soit d'un bivouac privatif ou partagé avec d'autres établissement, certains plus isolés et tranquilles que d'autres, renseignez vous donc avant de réserver ! De notre côté, la soirée a été pour le moins folklorique. Nous sommes "tombés" sur une soirée organisée entre une quinzaine de marocains dans le désert, l'ambiance était tout autre que celle qu'on aurait imaginé, celle-ci étant en partie assurée par un DJ énergique et féru de musique électronique, marquant le contraste avec les lieux environnants. Malgré ça, nous avons passé une agréable soirée, agrémentée d'un gigantesque tajine et d'un beau ciel étoile, nous avons donc profité de la proximité des dunes pour s'isoler afin de s'essayer à nos premières poses longues nocturnes.

Les premiers essais de poses longues nocturnes, il y a encore du boulot. 

La soirée se termina plus paisiblement, au son des chants et tambours berbères dispensés par les guides présents, l'occasion de discuter avec le notre autour d'un énième thé à la menthe, authentique ancien nomade, sédentarisé, multilingue et reconvertis dans le tourisme.

La soirée terminée, deux options se présentent: dormir en tente ou à la belle étoile, s'il n'y a pas trop de vent. La nuit n'est de toute façon, pas très longue, les guides venant vous réveiller vers 5h du matin pour admirer le lever du soleil sur les dunes, spectacle époustouflant justifiant amplement le réveil matinal !

Ensuite, le départ se fait tôt, au bénéfice de la fraicheur matinale et, au retour de l'excursion, un copieux petit déjeuner attend le cavalier, qui s'empressera d'aller rattraper ses heures de sommeil et ainsi de fuir les heures de chaleur accablantes de la journée !

A tête reposée, si nous devions récapituler l'expérience, nous en retiendrons un moment agréable mais à ne pas trop idéaliser, l'excursion restant une attraction touristique, ne pensez pas sortir des sentiers battus en galopant à dos de dromadaires dans des dunes exemptes de toute pollution et de touristes. Néanmoins, les dunes de l'Erg Chebbi restent lieu unique et dépaysant, offrant une première expérience à celui qui cherche le désert, dans l'attente d'une expérience peut être plus authentique par la suite !

Le prix de pareille excursion oscille entre 300 et 400 dirhams (30 et 40€) par personne, ce qui rapporté à l'expérience est tout à fait raisonnable, sachant que tout est compris, de la nourriture à l'hébergement.

Outre les dunes, il est une autre attraction majeure dans les environs, le lac Dayèt Srij, qui, malheureusement, au moment où nous y étions, était asséché. Mais lorsque les neiges fondent en amont, l'eau ruisselle à travers les différents oueds craquelés et termine sa course dans ce lac, qui alors s'anime du fait de la présence de centaines de flamands roses !

Par ailleurs, le village de Merzouga, ne se résume pas du tout à un amas de guesthouse, au contraire, il s'agit d'un endroit paisible où les gens sont chaleureux et accueillants et il est agréable s'attarder aux terrasses des cafés autour d'un thé à la menthe et de papoter avec les locaux.

Pour déjeuner nous vous conseillons le Tenere Café, sur la rue principale, à côté de l'agence Supratours où l'on peut déguster une excellente omelette berbère, cuite dans un plat à tajine.

Après quelques jours paisibles à Merzouga il était temps de repartir, nous devions gagner Chefchaouen dans le Nord par un bus de nuit amenant à Fès, à la fois heureux de quitter les températures éprouvantes de Merzouga et béats des expériences vécues.

Pour gagner Merzouga depuis Ouarzazate, comptez 8 heures de bus depuis Ouarzazate et 140 dirhams, 12 heures depuis Marrakech en prenant un bus unique partant tous les matins.

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Lovée dans les montagnes du Rif, Chefchaouen est connue avant tout pour le bleu de sa médina. Jadis ville sainte interdite aux chrétiens, elle est désormais un haut lieu du tourisme local et ancienne destination prisée par la communauté hippie. Malgré son caractère fortement touristique, il s'avère assez aisé, en s'écartant de la place principale, de jouir d'une ville paisible et pleine de charme qui ne demande qu'à être arpentée !

Plusieurs explications courent au sujet de la couleur de la ville, pour les uns, cette couleur associée à la chaux permettrait d'éloigner les insectes, pour les autres, ce sont les juifs en exil durant les années 30 qui ont peint la ville ainsi afin de leur rappeler la couleur du ciel et du paradis (bien qu'il nous semble que le judaïsme ne reconnaisse pas le concept de "Paradis").

Chefchaouen, son bleu, sa tranquillité et ses chats. 

A l'intérieur de Chaouen:

La médina n'est pas très étendue et il est facile de s'y repérer, ses ruelles escarpées sont agréables à explorer et la ville, ainsi peinturlurée, procure une grande quiétude d'esprit. Le climat en été y est doux, contrastant avec le reste du pays et les habitants y sont calmes et accueillants, peut être à cause du Kif (le nom local du Cannabis) qu'ils consomment en quantité ? On vous en proposera à de nombreuses reprises dans la rue, mais sachez que c'est à vos risques et périls si vous acceptez (contrairement à ce qu'assurent certaines personnes, le Kif n'est pas légal là bas et son immense production et consommation n'ont pas suffit à lui conférer ses lettres de légalité)

La médina s'articule autour de la grande place centrale que vous ne pourrez pas manquer, pourvus de cafés touristiques et de restaurants panoramiques, elle ne représente pas, à notre sens, un grand intérêt (exceptée la Kasbah dont il sera question plus tard). D'autant plus qu'à quelques pas de là, se trouve une seconde place, dont le charme et l'authenticité n'ont pas de pareils dans la ville: la place Haouta !

La place Haouta et sa fontaine. 

Malgré sa proximité avec la place centrale, on y voit pas l'ombre d'un touriste, en son centre se trouve une jolie fontaine où viennent se ravitailler les habitants et dans l'ombre de ses bâtiments un agréable café, repère des locaux tenu par un propriétaire on ne peut plus serviable au français impeccable.

A Chefchaouen comme dans le reste du Rif, le français vous sera d'une moins grande aide que dans le reste du pays, on y parle surtout l'espagnol, même entre Marocains, en témoigne le nom des rues (Calle) !

Nous ne pouvons que vous recommander d'aller petit déjeuner "comme un local" sur cette placette. Vous pourrez y déguster les spécialités marocaines que sont les Msemens (sorte de crêpes) et les gâteaux de semoule qu'il est possible d'acheter et de garnir de miel pour une bouchée de pain à l'une des deux échoppes familiales qui ont pignon sur place et ensuite d'aller les déguster accompagnées d'un thé et d'un jus d'orange au café ! Ce sera aussi l'occasion de se prélasser à la douce lumière du matin, transporté par les différentes langues auxquelles ont recours les locaux, qui à elles seules, assurent une multitude de voyages !

Msemen et gâteau de semoule 

Suite à nos médisances à propos de la place principale il convient de rectifier le tir: elle a pour mérite d'être la porte d'entrée pour la Kasbah de Chaouen, cachée derrière de hauts murs, on ne la devine qu'à condition de s'y intéresser. L'intérieur n'est pas sans rappeler les différents Alcazars Andalous, témoignages d'une époque où la domination des Maures et des Arabes était sans égale ! Il y règne une végétation luxuriante faite d'orangers et de citronniers, mais aussi d'odorants jasmins et autres fleurs rendant ivre de parfums inconnus. La plus haute tour offre un incroyable panorama sur la ville et ses alentours, laissant entrevoir les possibilités de randonnées dans la région !

L'entrée pour la Kasbah coûte 10 dirhams, prix dérisoire, nous vous conseillons d'arriver tôt pour profiter calmement du magnifique jardin !

Les panoramas offerts par la Kasbah. 

A l'extérieur de Chaouen:

De nombreuses randonnées sont possibles au départ de Chefchaouen, une première balade consiste à remonter le vieux quartier très peu fréquenté jusqu'à la source de Ras-El-Ma qui alimente la ville en eau et apporte une fraîcheur bienvenue durant l'après midi. Cette partie de la ville est incroyablement tranquille et plaisante à visiter. A la source, un escalier part sur votre droite et vous mènera sur les chemins de la mosquée espagnole surplombant la ville.

La mosquée espagnole et Chefchaouen en toile de fond.  

Il est possible de continuer la randonnée en suivant le balisage, on gravit alors des sentiers escarpés, entourés d'oliviers et ponctués de producteurs de Kif vous invitant à visiter leurs cultures (bien qu'ils soient très aimables on vous le déconseille!). La balade est très agréable et la nature relativement préservée, de quoi ravir les amateurs de marche et de grands espaces ! Nous avons cependant perdu le balisage après une heure de marche, mais il est possible apparemment de continuer sur des dizaines de kilomètres !

Les soirées à Chefchaouen sont très paisibles et la ville compte bon nombre de restaurants, on préfèrera As Saada meilleur, plus copieux et bon marché, ou encore Molin'Arte, au pied de la source, mais le restaurant Aladin offre sûrement le plus beau panorama de la ville et permet de profiter des beaux couchers de soleil que connait la ville.

Vint le moment pour nous de quitter la ville et de gagner Meknès non loin de Fès. Nous garderons un très agréable souvenir de cette étape du voyage, marquée par la tranquillité et la quiétude dégagées par la ville et ses habitants. Chefchaouen, au-delà de ses réputations d'attraction touristique et de repère de fumeurs de Haschich est une halte à notre sens, indispensable pour qui s'aventure dans la région !

La ville est largement desservie depuis Fès, Meknès et Tétouan. Depuis Fès comptez 4 heures de route et 75 dirhams avec la CTM.

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Ville jumelle de Fès et ancienne capitale du Royaume du Maroc, Meknès fait partie des villes impériales du pays tout en étant la moins touristique de ces dernières. Pourtant la ville a énormément à offrir, que ce soit ses quartiers historiques inscrits au Patrimoine mondial de l'UNESCO, la gentillesse de ses habitants ou la tranquillité de sa médina.

La ville ancienne est délimitée par d'impressionnants remparts et on y pénètre par d'imposantes portes richement décorées, la plus célèbre étant sans doute la Bab Mansour, faisant la jonction entre la partie impériale de la ville et la médina.

La Bab Mansour 

Dans la médina vous trouverez une ancienne école coranique, la Médersa Bou Inania, certes moins majestueuse que celle de Marrakech mais qui vaut toutefois qu'on s'y attarde, ne serait-ce que pour ses murs décorés de minutieux arabesques.

Le patio de la Medersa.  

Les souks de Meknès sont très "reposants" en ce qu'ils sont dénués de rabatteurs, faux guides et autres aguicheurs que vous pouvez croiser à Fès ou Marrakech. Ils en viennent même à être plus authentiques que certains souks touristiques en ce qu'ils sont exempts de tout artifices, ici, vous ne verrez pas ou peu de vendeurs de tapis, de lampes, d'épices, mais des vendeurs de biens de premières nécessités et d'habillement (djellabas, claquettes Nike et sacs de contrefaçon...) , le tout destiné aux marocains !

Vous trouverez près de la la place El Hedim l'ancienne demeure du grand vizir, transformée désormais en musée, le musée Dar-Jamaï que nous vous conseillons de visiter ne serait-ce que pour son agréable patio et la reproduction de la salle de réception du vizir.

Dar-Jamaï 

A notre grand désespoir, de nombreux monuments étaient fermés lors de notre visite, notamment le mausolée de Moulay-Ismaïl, fleuron architectural et touristique de la ville, l'un des deux uniques édifices religieux se visitant au Maroc.

L'interdiction pour les non-musulmans d'entrer dans les édifices religieux est une particularité marocaine que l'on ne retrouve que très peu dans le reste du Monde Musulman. Elle est en vigueur depuis le protectorat français (quel joli mot pour une forme de colonisation), période durant laquelle, l'administrateur français Lyautey, soucieux de respecter les croyances du pays et de les préserver de toute influence promulgua cette interdiction.

Un peu excentrés par rapport à la médina se trouvent le palais royal, le grand plan d'eau et les gigantesques greniers de Moulay-Ismaïl. A l'intérieur de ces derniers nous avons particulièrement appréciés les anciennes écuries qui aujourd'hui ne sont plus "que" des arcades à ciel ouvert et à la symétrie parfaite offrant de belles opportunités au photographe.

Point culturel et religieux:

C'est au cours de notre séjour à Meknès qu'a débuté le ramadan, annoncé par de bruyants feux d'artifices et par la liesse générale ! Une date approximative est toujours annoncée mais le ramadan commençant en fonction de la lune on ne sait qu'au moment de son observation quand celui-ci commence. Le calendrier lunaire musulman comptant une dizaine de jours en moins que notre calendrier, le Ramadan se déplace progressivement dans le temps.

Le jeûne doit être observé par tous les musulmans en âge (la puberté en somme) et est strictement respecté dans les pays musulmans, du moins en public, sous peine de prison. Celui commence avec le premier appel à la prière aux alentours de 5 heures du matin pour finir en fin de journée au coucher du soleil. Les musulmans célèbrent alors le Ftour désignant la rupture du jeûne, celui-ci est particulier au Maroc et se compose d'une soupe de tomates et de pois chiches appelée Harira, de pâtisseries au miel et au sésame ainsi que de dattes. Les marocains passent ensuite la majeure partie de la nuit à dîner par intermittence, ce qui se révèle assez fatiguant, expliquant les horaires quelques peu chamboulés en début de matinée et au moment du Ftour.

Le Ftour, composé d'une soupe, Harira, de dattes et de pâtisseries 

Après de nombreuses discussions avec des marocains, il apparait que pour eux, au delà de l'aspect religieux, le ramadan est une période festive, de solidarité et de partage, durant laquelle riches et pauvres sont ramenés au même niveau, dans un strict rapport d'égalité, par la faim et la soif. De solidarité car c'est une période, où si le manque peut attiser les tensions durant la journée, quand vient l'heure du Ftour, le partage est le maître mot. Ainsi nous avons vu, à de nombreuses reprises, de marocains s'asseoir ensemble et partager leur premier repas, mais également des scènes bien plus touchantes, où des marocains portaient aux plus démunis vivant à même la rue, de quoi rompre le jeûne et se sustenter par la même occasion. Les relations apparaissent plus vraies durant cette période et malgré les difficultés que cela a pu poser en terme de nourriture et d'ouverture de certains lieux et restaurants nous ne regrettons absolument pas d'avoir voyagé à cette période.

En dehors de Meknès:

La ville de Meknès est également un bon point de départ pour sillonner la région, forte d'un patrimoine historique et culturel important ! Les deux "attractions" touristiques de la région sont les ruines romaines de Volubilis et la ville sainte de Moulay-Idriss. C'est sur cette dernière que nous nous sommes penchés, laquelle est facilement accessible. Moulay-Idriss est une ville sainte vers laquelle se tournent les fidèles ne pouvant rallier la Mecque par manque de moyens ou de temps. C'est en son sein qu'est enterré Idriss Ier, qui convertit le pays à l'islam au VIII siècle.

Un petit air de Chefchaouen à Moulay-Idriss ?  

Le bus 15 partant en aval de la place El-Hedim dessert la ville en 1 heure et pour la modique somme de 7 dirhams, ce qui est vraiment économique quand on voit que certains "tours" facturent cette excursion 200 ou 300 dirhams.

Si la ville, perchée sur le flan abrupte d'un monticule rocheux, ne paye pas de mine en arrivant le charme opère quand on s'engage dans les calmes ruelles de sa médina. Une première étape consiste à admirer le minaret rond de la mosquée de la ville, le seul du Maroc (tous les autres minarets sont de forme rectangulaire).

Le Minaret Rond de Moulay-Idriss. 

L'étape suivante consiste à rejoindre une des deux "terrasses" donnant ces vues emblématiques de la ville. Nous avons bien essayé d'y accéder par nos propres moyens mais les ruelles de la médina sont, plus que partout ailleurs, un véritable labyrinthe, il est donc conseillé de se laisser guider par un local (souvent par les enfants) en échange d'un petit Bakchich (pourboire) de 5-6 dirhams. Arrivé au sommet, on prend le temps d'admirer la ville, élégamment posée sur son pic et ceinte de végétation.

Moulay-Idriss sur son piton rocheux 

En redescendant de votre promontoire, la dernière étape consiste à s'arrêter à l'entrée du mausolée de Moulay-Idriss , lequel est interdit aux non-musulmans mais dont on aperçoit la cour depuis la rue. Nous ne nous sommes pas plus attardés dans la ville car la chaleur était accablante et que premier jour du ramadan oblige, tous les commerces étaient fermés ! Le même bus qu'à l'aller vous ramènera à Meknès, coût de l'expédition 20 dirhams et d'agréables paysages en tête qui eux, n'ont pas de prix !

Le mausolée de Moulay-Idriss.  

Meknès est une importante ville marocaine, renommée et attractive, elle est donc très bien desservie, vous y trouverez une importante gare ferroviaire et de nombreuses compagnies de bus (comme la CTM et Supratours). Nous l'avons rejoint depuis Chefchaouen par le biais de la CTM et de deux bus, un premier desservant Fès et un second partant de cette dernière pour Meknès comptez 100 dirhams pour le tout.

En terme de logement, nous avons séjourné dans le très agréable "Riad Zahraa", dont les prix ont chuté du fait de la faible fréquentation touristique du moment.

En terme de cuisine, un gros coup de coeur pour le restaurant "Les Mille et une nuits", kitsch au possible mais qui sert l'un des meilleurs couscous que nous ayons dégusté durant notre séjour. L'attente est un peu longue mais les plats sont préparés sur commande avec des produits frais, vous pourrez même voir la mère de famille rouler la semoule !

Vous pouvez également faire vos emplettes dans le marché couvert de la ville dont l'entrée se situe sur la place centrale, dépaysement assuré ! Le brouhaha ambiant et la multitude de sons, de couleurs et d'odeurs auront sitôt fait de vous transporter et de vous charmer !

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Après un agréable trajet en train depuis Meknès durant lequel nous avons pu rompre le jeûne avec des marocains partageant notre wagon, nous sommes arrivés à El-Jadida, ancien bastion Portugais sur la façade Atlantique entre Casablanca et Essaouira.

La ville est scindée en deux parties, l'une, dite ville nouvelle, station balnéaire lambda, et le centre historique de la ville constitué par une ancienne citadelle dont les remparts ont été admirablement bien conservés. On accède à ceux-ci par une rampe d'accès et une balade agréable consiste à faire le tour du chemin de ronde, lequel offre de beaux points de vue sur le port et l'océan.

Le centre d'intérêt de la ville est sa citerne, legs des portugais, (re)découverte par hasard en 1916 lorsqu'un commerçant voulu agrandir sa cave en cassant une paroi et découvrit derrière cette gigantesque citerne percée d'un puit de lumière. L'atmosphère qui y règne est à la frontière de la réalité et de la fantasmagorie, créée par les reflets et les jeux de lumières entre l'eau et le ciel. De plus, les lieux sont frais et désert, de quoi occuper le photographe pendant un certain temps !

La citerne portugaise. 

Il convient d'être honnête, la cité portugaise est une toute petite partie d'El-Jadida et on en fait vite le tour, pour certains, la ville ne représentera qu'un jour dans leur voyage. Et pourtant, nous en passerons trois là-bas, car si les activités touristiques et culturelles sont rapidement effectuées, la ville offre une douceur de vivre qui lui est propre, le peu de tourisme l'a épargné de certains traits désagréables de certains lieux de Marrakech, le climat y est doux et peu venteux (contrairement à Essaouira) et les gens y sont accueillants. La vie y file doucement et sereinement, le temps est emprisonné par des remparts centenaires conférant au lieu l'aspect d'un petit village dans lequel on a vite fait de s'intégrer.

Nous logions dans l'agréable "Maison d'Hôtes de la Cité portugaise" tenu par un sympathique gérant qui ne manquera pas de vous servir des litres de thé et s'offrira même le plaisir d'une longue conversation en votre compagnie !

Le seul point noir de la ville est la pollution plastique de son littoral et le manque d'engouement de la municipalité et des habitants pour y remédier, cela casse quelque peu le cadre idyllique des lieux. Mais la promenade sur la digue de la ville en fin de journée reste extrêmement plaisante, notamment lorsque les habitants à la recherche d'un peu de fraîcheur viennent s'y baigner !

A l'occasion de l'anniversaire de l'un de vos blogueurs préférés, nous sommes allés dîner dans la distinguée "Capitainerie" au coeur de la cité portugaise. Les lieux sont très beaux, le service et la nourriture sont raffinés et ce fut pour nous l'occasion de gouter un vin marocain qui s'est révélé étonnamment bon !

Guerrouane Rouge. 

Contrairement à ce que l'on pourrait penser, il est assez aisé de se procurer de l'alcool au Maroc même en plein Ramadan ! La majorité des hôtels vendent plus ou moins officiellement les bières locales, et le vin a cours dans les restaurants qui se veulent un peu "huppés". Toutefois, l'alcool n'est pas bon marché, la bière se monnaie contre 30-40 dirhams les 25cl et la bouteille de vin reviendra systématiquement à 100 dirhams minimum.

Pour se rendre à El-Jadida nous avons pris un train depuis Meknès (lequel part également de Fès) jusqu'à Casablanca où nous avons fait un rapide changement pour El-Jadida qui est le terminus, comptez 120 dirhams pour le trajet total ! Vous pouvez acheter vos billets en gare directement où plusieurs jours à l'avance sur le site de l'ONCF


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Essaouira marqua notre plus longue étape durant ce voyage, nous nous sommes épris de cette ville et pourtant, nous ne nous y serions pas attendu, la ville ayant une réputation d'un lieu extrêmement touristique. Ceinte de gigantesques remparts battus par les flots et résistants tant bien que mal aux vents et marées, la médina tout en étant plus étendue que celle de El-Jadida se parcoure aisément à pied. On s'y retrouve assez facilement d'ailleurs, la découpe et l'aménagement de la ville ayant quelque chose de très européen et pour cause, c'est un Français qui l'a bâti ! Le centre forme une sorte de quadrialatère, s'articulant autour d'un grand axe traversant la ville de part en part, le tout agrémenté de ruelles tortueuses à la "marocaine". Il est vraiment plaisant de s'y balader, d'autant plus qu'on n'est pas sollicité avec la même véhémence qu'à Marrakech.

Scènes de vie. 

La ville est dotée de deux "sqala" désignant les fortifications accessibles au public, l'une sur les remparts de la médina et l'autre sur ceux protégeant le port. La première étant fermée pour cause de rénovation nous nous sommes rabattus sur la seconde, laquelle nous offrit une vue imprenable sur le port et la ville. Les barques bleues de pêcheurs sont emblématiques de la ville, et Essaouira a su conserver une pêcherie traditionnelle de faible importance, loin des gigantesques chalutiers européens. Pour le plus grand bonheur des touristes, les fonds marins, de par leur faible profondeur, ont empêché la mutation d'Essaouira en un port commercial international comme ce fut le cas à Casa ou Tanger.

Après avoir grimpé la tour de la sqala du port pour admirer le panorama, vous pouvez vous cacher derrière l'une des meurtrières afin d'essayer de capturer une "scène de vie" du port, les marocains n'étant pas très friands des photos ! L'endroit est également assez propice en fin de journée pour photographier la ville et ses remparts colorés par le soleil déclinant !

Avec un peu d'habilité et de discrétion vous pourrez saisir au moment opportun quelques jolies photos, sinon l'autre solution consiste à donner un Bakchich à un pêcheur pour lui tirer le portrait, certains le proposent d'eux-mêmes !

Si vous êtes férus d'histoire, le musée de la ville offre un bon aperçu du riche et tumultueux passé de Essaouira et de sa région ! Mais si vous préferez les activités en extérieur, la ville dispose d'une gigantesque plage aménagée et entretenue s'étendant sur des kilomètres, toutefois, elle est souvent battue par de violents vents, notamment le "taros" ! Toutefois, la balade reste agréable, il est possible de dépenser une fortune afin de recourir aux services d'un loueur de chevaux/dromadaires/quads, ou simplement marcher avant de se poser dans un des surfs bars de la plage.

La Casablanca, b!ère marocaine par execellence !  

Nous avons beaucoup apprécié l'ambiance "Surf and Chill" du "Ocean Vagabond" qui propose de nombreux paninis, burgers, salades, tapas et autre plats plus européens. L'endroit a le mérite de servir des bières à des prix abordables, y compris à la pression, idéal pour admirer le soleil se coucher en fin de journée !

A l'opposé de la ville, s'étire une autre plage, bien plus sauvage et naturelle que sa voisine, pour y accéder il faut passer par les quartiers populaires d'Essaouira, on débouche alors sur de grandes dunes s'étendants à perte de vue, battues par les vents. La plage est étonnamment propre et il est très agréable d'aller s'y balader et de revenir par les chemins de bergers abrités des vents, puis de longer l'oued limitrophe à la ville !

Escapade à portée de pieds !  

Notre désir de nature n'ayant pas été entièrement satisfait, même après cette balade, nous avons fait appel aux services "d'Ecotourisme et randonnée", organisme tenu par un couple de français expatriés également propriétaires d'un restaurant dans la médina. Sont proposées plusieurs randonnées à la demie-journée ou à la journée (également des escapades de plusieurs jours mais il faut organiser ça sur mesure avec les gérants). Ces derniers cherchent à promouvoir un tourisme responsable, respectueux et proche des populations locales (chaque balade se ponctue par un arrêt chez l'habitant).

Nous avons effectué une balade d'une demie journée car, ramadan oblige, notre guide ne pouvait se permettre de partir sous un soleil de plomb pour une journée entière. Nous avons pris le parcours "Cascades" qui étonne par la diversité des paysages traversés ! Pour l'occasion vous êtes confiés aux mains expertes de Othman, guide local, chaleureux, blagueur et extrêmement renseigné sur la biodiversité et la richesse de sa région !

Après un court trajet en voiture nous descendons sur le bord d'un chemin menant aux champs d'arganiers (patrimoine historique et naturel de la région) afin de gagner une plage exempte de toute influence humaine. Après une marche sur cette vaste étendue vierge, on s'engage dans le lit d'un oued en direction de la cascade promise. Il ne s'agit pas des chutes du Niagara comme aime à le rappeler Othman, mais la beauté des lieux est sans pareil. Passer d'une plage de sable fin à un canyon façonné par l'eau et l'érosion, menant à une petite clairière où apparait sortie de nulle part cette cascade qui est la seule à rompre le silence ambiant, on frôle l'irréel !

Un début de randonnée sur une plage sauvage du Sud Marocain.  
Se poursuivant dans un petit canyon paisible abritant une petite cascade 

La randonnée se poursuit par une halte chez une famille d'agriculteurs berbères qui nous offrit un petit déjeuner traditionnel pour le moins roboratif ! Au menu, l'éternel et inimitable thé à la menthe, accompagné de pains cuits le matin même, d'huile d'argan, de miel et de purée de sésame !

Après cette halte bien méritée et instructive d'un point de vue culturel (on remerciera encore notre guide pour ses explications sur la langue et la culture berbère, laquelle se maintient au côté d'une culture et d'une identité marocaine propres), nous repartons par des champs en terrasses jusqu'à regagner les plantations d'arganiers, l'occasion de s'instruire sur la fabrication des produits qui en sont issus et qui façonnent au même titre que le tourisme, l'économie de la région.

L'argan et son "amande" 

Le prix de la randonnée avec cet organisme peut apparaître comme élevé mais l'investissement en vaut la peine, de plus votre argent servira des projets humains et durables !

Comptez 200 dirhams (20€) la randonnée à la demie journée et 450 à la journée, sont compris le transport, le repas et le guide !

Notre séjour se termina sur l'exploration des quartiers que nous n'avions pas approndi comme la Mellah lequel est aujourd'hui déserté et laissé à sa décrépitude, il en ressort une atmosphère étrange, quasiment "post apocalyptique".

A deux pas de la Mellah se trouve une agréable place où deux cafés semblables se font faces, nous vous recommandons tout particulièrement le restaurant "Délices et Saveurs" dont les prix défient toute concurrence sans pour autant perdre en qualité. Nous avons particulièrement apprécié le "Zaalouk" sorte de caviar d'aubergine, accompagné d'un délicieux thé au Jasmin !

Notre séjour s'est achevé sur l'achat d'huile d'argan Bio et d'un petit guembri (instrument marocain à trois cordes) chez un luthier local, un dernier tour dans la ville pour lui faire nos adieux et nous sautions dans un bus en direction de Marrakech.

Essaouira en tant que grande destination touristique est extrêmement bien desservie, depuis El-Jadida nous l'avons rejoint pour 110 dirhams. Ensuite des bus partent de la ville en direction du Sud (Agadir, Tétouan) du centre (Marrakech) ou du Nord (Casablanca, Rabat, Tanger).

Nous logions dans un agréable Riad tenu par un couple de Français amoureux de la région, le "Riad Océan Médina", la basse saison touristique offrant des prix très avantageux !

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C'est fort de notre expérience marocaine et avec un certain esprit de revanche que nous sommes revenus à Marrakech, bien décidés à dompter la ville !

Initialement, notre budget fondant assez rapidement, nous avions décidé de loger dans une petite auberge de jeunesse, sauf que celle-ci nous avait confirmé la réservation alors qu'il n'avait plus de chambres disponibles. Afin de se faire "pardonner", nous avons été logés pour un prix identique dans un magnifique riad, équipé d'une piscine et d'un bar sur le toit terrasse, le riad Dihya.

La position de notre nouvel hôtel nous a permis d'explorer les quartiers sud de la médina Marrakech que nous n'avions pas eu le temps de visiter lors de notre premier séjour dans la ville. Il nous restait tant à faire, Marrakech regorgeant de lieux culturels "inmanquables". Notre première visite fut celle des tombeaux saadiens, pour lesquels il est préférable de se lever tôt, avant l'arrivée des hordes touristiques! Ceux-ci se trouvent non loin du Palais de la Bahia, et s'articulent autour d'un joli jardin, les tombes d'une étonnante sobriété contrastent avec les décorations des salles les accueillants !

Tombe saadienne 

Mais notre coup de coeur revient véritablement au Palais de la Bahia (qui signifie, à juste titre, "merveilleux") lequel est composé d'une multitude de salles, de patios frais et fleuris , se succédant avec élégance et avec toujours plus de végétation ! Les plafonds en bois sont richement sculptés et décorés et ne font que renforcer la somptuosité ! Le palais est véritablement enchanteur et sans les flots de touristes qui s'y pressent nous y aurions passés des heures entières !

La cour du Palais de la Bahia.  

Le café de la cigogne en face des tombeaux saadiens offre un beau panorama sur la ville et permet d'admirer simultanément la Koutoubia et sa réplique.

La mini Koutoubia 

Un autre édifice a retenu notre attention, le Dar Si Said, ancienne demeure du frère du vizir qui fit construire le palais de la Bahia, transformée aujourd'hui en musée. Nous retiendrons surtout l'édifice en lui même, plus que les objets qu'il abrite, notamment une sempiternelle collection de bijoux berbères. On peut y admirer de beaux patios, bien que moins impressionnants que ceux de la Bahia.

Les lieux sont richement décorés et il suffit de lever la tête pour admirer les incroyables stucs que compte la bâtisse !

Non loin du Dar Si Said se trouve un charmant petit restaurant vegétarien, le Earth Café, proposant des plats originaux, tels que des feuilletés potimarron et chèvre ou encore des burgers de lentilles avec un chutney de mangue. On vous conseille de gouter leurs jus fraîchement pressés: rien de mieux pour se rafraîchir lors des chaudes journées de Marrakech ! Dans la même rue se trouve le Henna Art café, coopérative animée par une européenne anglophone qui vous accueillera avec engouement ! Les lieux font office d'atelier de Henné (lequel sera de bien meilleure qualité que sur la Place Jamaa El Fna) mais également de restaurant aux prix défiants toute concurrence et aux nombreuses options végétariennes et végétaliennes.

Ayant visité la plupart des lieux d'interêt de la ville, pour notre dernière journée, nous avons décidé de faire une escapade dans les environs. Plusieurs possibilités s'offraient à nous, la région ne manquant pas d'attractions. Notre choix s'est porté sur le barrage Lalla Takerkoust, à 30 km de Marrakech.

Pour se rendre au barrage Lalla Takerkoust, nous vous déconseillons de passer par des tours organisés ou de faire appel à un grand taxi. Il suffit de prendre le bus N° 45, derrière la Koutoubia, à la gare routière Sidi Mimoun, pour la modique somme de 10 DH.

Eaux turquoises du lac Lalla Takerkoust (non, il ne s'agit pas d'un mirage) 

Le barrage a été construit à l'époque du protectorat français, créant ainsi un lac artificiel aux eaux incroyablement bleues. Contrairement à ce que l'on aurait pu croire, les berges du lac étaient presque désertes, dépourvues de groupes de touristes ou de rabatteurs prêts à vous proposer leurs services de guide de randonnée. Nous y avons donc trouvé un échappatoire idéal aux chaudes et bruyantes journées de Marrakech en compagnie de quelques familles marocaines, s'adonnant à la baignade ou à la pêche.

Au regard de l'étendue du lac, il aurait été tout à fait possible d'en faire le tour à pied, néanmoins, la chaleur, le soleil et nos faibles réserves d'eau ont raccourci notre balade. Nous sommes donc rentrés pour finir ce qui fut notre dernière journée à Marrakech et au Maroc, nous aventurant, fort de notre expérience, dans les souks pour dénicher épices et onguents (notamment le très odorant Musc) ! L'expérience s'avéra plus plaisante et aisée que la première fois: dès lors que vous êtes familiers aux combines "foireuses" de certains marchands il est facile de les éviter et l'assurance acquise durant le voyage les dissuade même de vous aborder, n'ayez pas l'air perdu et partez à l'aventure ! Un demi-kilo de cumin plus tard, nous prenions un dernier thé dans le "Dar Cherifa: Café Litteraire", magnifique Riad faisant office de restaurant et de salon de thé. Décorés avec goût, les lieux sont un havre de paix en plein coeur des souks, dont la cuisine audacieuse ravira les portefeuilles les plus garnis !

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Ainsi s'achevait notre voyage au Maroc de la même manière qu'il avait commencé, perchés sur une terrasse et accompagnés par les clameurs de la rue et par le sempiternel thé à la menthe. Cependant, contrairement à cet instant, nous n'étions plus tout à fait les mêmes, nos sens encore enivrés par tous ces stimulis et l'esprit rasséréné par nos expériences. C'est peu sûr de nous que nous avions commencé ce voyage, le pays n'avait pas l'originalité et le caractère intact de certaines destinations et bien des voyageurs l'avaient déjà parcouru avant nous. Mais malgré les milliers de pas qui, avant les nôtres, ont jalonnés le pays et mis en exergue les beautés de ce dernier, nous avons réussi à nous y faire notre propre chemin si loin mais également si proches des sentiers touristiques. Nous nous sommes également retrouvés obligés de nous affirmer pour nous adapter à une culture radicalement opposée à la nôtre, ce qui pour autant ne nous a pas empêché de rencontrer des gens qui ont su rendre notre voyage encore plus agréable qu'il ne l'était, confortant ainsi une vérité lancinante selon laquelle la réussite des voyages ne tient pas qu'exclusivement à la beauté des lieux visités.

Ce voyage aura également été l'occasion de nombreuses initiations et expériences, que nous ne rêvons plus que de réitérer. Ainsi, ce voyage et ce récit auront vu passer notre première rencontre avec le désert, milieu naturel fantasmé depuis des années, mais également un approfondissement de notre technique photographique avec les poses longues nocturnes.

En définitif, notre voyage au Maroc aura réellement été, notre rihla, voyage initiatique pour les sens et l'esprit, dont se clôture ici le récit. C'est avec un bonheur non feint que nous nous sommes replongés dans nos notes, photos et souvenirs, pour ici les partager, nous confortant dans un inéluctable soupçon qu'un jour nous aurons de nouveau affaire au "Pays du Couchant".

Inch Allah.

Natalia et Joseph