Avant notre départ, nous ne pensions pas trouver pareille quiétude dans un endroit si connu et couru. Entre vignes et embrun marin, Cinque Terre invite à une randonnée bucolique en son sein.
Octobre 2017
5 jours
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Le parc national de Cinque Terre est un ensemble de 5 petits villages méditerranéens, se trouvant sur la côte ligurienne à seulement 1h15 de Gênes. Depuis son classement au patrimoine mondial de l’UNESCO, le site est devenu un haut lieu du tourisme en Italie du Nord. Toutefois, il conserve une certaine authenticité du fait des restrictions à la construction dans le parc national. Ces villages colorés et escarpés sont devenus une véritable carte postale de l’Italie et un incontournable pour tout voyageur qui s’aventure dans cette région là.

Pour notre part, nous avons rejoint Cinque terre depuis Paris en train, via la liaison TGV Paris-Turin puis par un train Turin-Gênes-Monterosso. Ce dernier (Monterosso), est très certainement le meilleur choix en terme de logement et est la base de départ la plus propice pour l’exploration du parc, en ce qu'il n'est pas nécessaire de prendre le train pour commencer les randonnées et rejoindre les autres villages. L'exploration du parc se fait au gré des différents villages, qui surviennent dans l’ordre suivant (d'Ouest en Est) : Monterosso, Veranazza, Corniglia, Manarola et Riomaggiore.

Pour découvrir les villages, le voyageur a plusieurs possibilités: Ainsi peut-on parcourir la distance qui sépare les villages via les sentiers aménagés à cet effet (se tenir informé de l'état des sentiers) ou par un train qui dessert chacune des gares toutes les 30 minutes ou encore par la liaison maritime.

A noter qu’il existe deux types de sentiers, des rouges qui sont gratuits et des bleus payants. Ces derniers étant les plus utilisés, ils longent la côte au gré des cultures en terrasse et des plantations de vignes. L'accès à ces sentiers se fait grâce à un pass journalier (ou sur trois jours) lequel s'achète à l'office de tourisme ou à l'entrée des sentiers aux postes de contrôle.

Deux types de cartes peuvent être achetées offrant des avantages différents à des prix différents.

La première donne accès aux sentiers payants et aux facilités telles que le Wifi, les toilettes etc, il en coutera 7€50 à la journée avec un tarif dégressif au-delà d'un jour.

La deuxième, la plus connue, la "Cinque Terre Card" donne, quant à elle, accès aux sentiers, aux commodités précitées et à l'usage illimité du train entre les villages pour la journée. Celle-ci coûte 16€ à la journée avec un tarif dégressif au-delà. Elle n'est viable que si on est certain de la rentabiliser, tout dépendra de sa façon de voyager dans le parc. Les marcheurs n'en ont guère besoin, il est plus rentable d'effectuer sa randonnée et de payer au retour un billet de train à tarif unique (4€)

Toutes les informations sont disponibles sur le site du parc ici.

Carte issue de:  http://www.cinqueterre.eu.com
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Monterosso est le premier des cinq villages, il s'articule en deux parties, l'une près de la gare constituée d'un ensemble de bâtiments récents et d'une promenade en bord de mer et une autre, centre historique de la bourgade et qui est la plus agréable à la balade.

Monterosso Al Mare. 

Si de nombreuses randonnées partent vers les hauteurs de Monterosso, nous nous sommes contentés de prendre l'un des sentiers qui permet de rejoindre Vernazza. Le chemin trouve son départ dans le centre historique de Monterosso derrière l'Hôtel de ville. Il débute par une montée assez rude à travers les vignes avoisinantes. Une fois le poste de contrôle d'accès au sentier passé, la randonnée va se poursuivre sur 1h45 jusqu'à Vernazza. Le chemin serpente sur les escarpements recouverts d'oliviers et vignes et offrant au marcheur d'incroyable paysages.

Traverser ces vignes et les cabanes qui y sont associés renvoient à une certaine idée romantique de la ruralité viticole italienne, renforcée par le soleil automnal qui confère une teinte dorée aux cultures.

Cette portion du sentier littoral est de loin la plus longue et la plus physique, mais la récompense est à la hauteur de l'effort fourni. Peu avant l'arrivée, le marcheur profitera d'un magnifique point de vue sur le village de Vernazza, laissant présager la myriade de couleurs des ruelles de ce dernier !

Vernazza tout en étant extrêmement charmant et agréable, est très fréquenté ce qui marque un contraste avec la tranquillité des collines que l'on venait de traverser. On recommande toutefois d'aller jouer des coudes pour se frayer un chemin jusqu'à l'ancienne fortification du village, destinée à le protéger des pirates Maures qui sévissaient dans la région. La tour fortifiée offre un beau point de vue à la fois sur le port et sur les côtes escarpées des Cinque Terre pour la modique somme de 1€50.

Prise de vue depuis la tour fortifiée de Vernazza.  

C'est également sur les hauteurs du village que reprend le sentier de randonnée côtier qui mène à Corniglia le troisième village des Cinque. Le marcheur, en effectuant l'ascension qui le mènera au second poste de contrôle pourra, en se retournant, admirer une dernière fois le village dans toute sa longueur, protégé par un piton rocheux fortifié.

La randonnée se poursuit sur une heure environ jusqu'à Corniglia à travers des espaces escarpés sur lesquels poussent des oliviers. Ressource régionale importante, représentant une part importante de l'économie locale. Pour leur récolte, qui se déroulait durant notre passage, les cultivateurs, aidés par les lois de la gravité, tendent de grands filets en dessous des arbres pour récupérer la précieuse olive. Après une marche bien moins éprouvante que la première étape, on est de nouveau récompensé par une vue incroyable sur le village de Corniglia, lequel se tient en hauteur, quelque peu en retrait par rapport à la mer, ce qui en fait sa singularité.

Le village de Corniglia, perché en hauteur 

L'arrivée se fait un petit sentier qui rejoint la route menant au village. Tout aussi coloré que son voisin, il est cependant plus paisible, et a la particularité de ne pas avoir de port à proprement parlé. Mais ses monuments, ses ruelles et ses petites places ombragées font vite oublier le manque d'accès à la mer, qui caractérise les autres villages. Notons, par exemple l'église San Pietro laquelle vaut particulièrement le détour au petit matin, lorsque les rayons de lumières traversent les vitraux et épousent parfaitement la forment de piliers de marbre.

Eglise San Pietro 

Après cette marche de plusieurs heures, s'offrir une glace artisanale chez "Un Mare di Yogurt" constitue une bonne récompense, on conseille notamment les parfums insolites de la maison, comme figue et ricotta ou noix et miel.

Les plus courageux effectueront le trajet retour à pied, sinon reste l'option du train qui vous ramènera en un rien de temps à votre lieu d'hébergement. Nous avions fait le choix de rentrer à pied, ce qui nous a valu d'écoper de quelques solides courbatures le lendemain, mais pas suffisamment pour entamer notre insatiable envie de marche et notre impatience à découvrir les autres villages !


L'effort ouvrant l'appétit, nous nous sommes offert un copieux diner, l'occasion de goûter la farinata, plat typique de la Ligurie, galette réalisée à base de farine de poids chiches et d'huile d'olive et garnie selon les envies. Pour gouter les nombreux vins locaux on recommande vivement "Bar Gio" pour la diversité des boissons et la bonhommie des propriétaires qui tiennent également une partie épicerie fine où l'on peut faire des emplettes de produits locaux. On y trouvera notamment la Sciachetrà, un vin liquoreux typique de la région et qui s'arrache à prix d'or.

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Le sentier littoral étant fermé entre Corniglia et Riomaggiore, nous nous sommes résolus à prendre le train pour rejoindre le cinquième et dernier village des Cinque. Riomaggiore est surement le plus escarpé des villages et l'un des plus paisibles, il s'articule autour d'un petit port tout à fait charmant, lequel donne sur une anse aux eaux claires et turquoise.

Riomaggiore et son port.  

Le port est un lieu propice à l'observation du quotidien des habitants, dont de nombreux pécheurs. Nous avons déjeuné, assis sur la digue artificielle, en admirant le va et vient des barques colorées des marins. C'est également ici qu'on peut louer un bateau pour explorer les environs ou attraper le ferry qui effectue la liaison entre les différents villages.

Après un passage au port, le mieux est de gagner un peu en hauteur pour apprécier pleinement la multitude et la diversité des façades colorées de ces petits bâtiments, sur lesquelles se jouent des scènes de vie tout à fait ordinaires. Sur les balcons ensoleillés on peut apercevoir la "Mama" étendant son linge et contribuant largement à renforcer cette imaginaire romantique que l'on peut se faire des petits villages italiens.

Les façades colorées de Riomaggiore 

A défaut de pouvoir rejoindre Manarola à pied, nous nous sommes lancés à l'assaut d'une randonnée notoire, celle du col du télégraphe, qui dessert en chemin le Sanctuaire de Nostra Signora di Montenero. Le sentier (n°1) est balisé dès le départ du village et se suit sans trop de difficultés.

Sanctuaire de Nostra Signora di Montenero 

La marche pour rejoindre le sanctuaire est abrupte et passe par des escaliers escarpés qu'il faut gravir à grand renfort de courage. Mais une fois arrivé au sommet, la vue récompense tous ces efforts, permettant même d'apercevoir au loin les habitations de Monterosso. S'il est possible de pousser encore plus loin jusqu'au col du télégraphe, nous n'en avons pas eu le courage, préservant nos forces pour la randonnée à venir et nous sommes contentés d'un beau panorama.

Panorama depuis le sanctuaire.  
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Depuis Riomaggiore nous avons rejoint Manarola en train. Depuis la gare on débouche immédiatement dans les ruelles colorées de ce village qui restera notre préféré des cinq. Tout aussi escarpé que son voisin, le village s'ouvre sur un petit port enclavé dans une crique, laquelle offre un bel aperçu du village en contre-plongée. De ce même port débute une balade qui mène à un espace vert, lequel constitue un parfait point de vue sur le village et la région et un incroyable spot photographique (où il faudra jouer des coudes pour se faire une place parmi la horde de photographes).

Manarola au crépuscule 

Lors de notre passage, le sentier littoral payant entre Manarola et Corniglia était lui aussi fermé, nous pensions rejoindre les deux villages par train. C'est alors que nous avons appris qu'un deuxième sentier dans les terres, certes plus long mais plus préservé, passant par le village perché de Volastra, permettait également la desserte.

Cette randonnée, bien que gratuite et n'étant pas parmi les plus courues fut notre préférée. Le sentier, qui est assez rude jusqu'à Volastra s'adoucit par la suite pour laisser place à un plat relatif, serpentant entre les milliers de pieds de vigne à la couleur or qui décorent immuablement les hauteurs de Manarola depuis des centaines d'années. Le marcheur n'a qu'à se laisser aller à la contemplation des paysages sans fin qui se révèlent à lui au fur et à mesure de la randonnée.

Les cultures en terrasse si propres à la région 

Lors de cette randonnée, notre attention a été retenue par un étrange rail qui serpentait à travers les cultures de vigne en terrasse si propres à la région. C'est un moyen de locomotion utilisé par les viticulteurs pour transporter leurs outils de travail et la production de raisin sur les pentes escarpées.

L'arrivée sur Corniglia offre une dernière et époustouflante vue sur Manarola, faisant vite oublier l'éprouvante redescente de la randonnée. Les plus courageux rentreront à Monterosso, ou où que soit leur logement, à pied, cette fois-ci, ces deux jours de marche passés ont eu raison de nous et nous sommes repartis en train.

Dernière vue sur Manarola 
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Au risque de flirter avec le cliché, ces quelques jours dans les Cinque Terre auront eu un doux parfum de Dolce Vita. Mais que dire de plus pour essayer de témoigner de la douceur de vie locale ? Comment décrire la paisibilité qui règne dans ces immenses champs de vignes que seul l'éclat des vagues contre les falaises vient rompre ? Le mieux reste encore d'expérimenter soi-même le silence assourdissant de ces collines dorées, l'ivresse de la marche renforcée par le parfum exaltant des herbes aromatiques et médicinales poussant tout au long des sentiers, la chaleur procurée par le vin local et la bonhommie de la population. C'est avec un pincement au coeur que l'on a quitté cet endroit si chaleureux et coloré, que même l'hiver naissant ne semblait pas pouvoir ternir.