"Le monde est un livre et ceux qui ne voyagent pas n'en lisent qu'une page." Saint Augustin.
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A mon grand regret, il est difficile de voyager sans cesse. Bien que nous voyagions souvent, les périodes séparant nos pérégrinations se font à mon goût trop longues. C'est l'esprit enivré des souvenirs de nos dernières "aventures" que l'on se retrouve à passer un début d'hiver dans la grisaille parisienne. Il existe cependant un exutoire à la portée de toutes et de tous, la littérature de voyage.

Face à la monotonie qui peut s'insinuer dans chacune de nos vies, les livres de voyages représentent la meilleure défense. Ceux-ci sauront vous arrachez à votre quotidien pour vous plonger dans de merveilleuses épopées réelles ou fictives.

Quand faute de compagnons et de moyens financiers j'étais incapable de voyager, j'ai trouvé refuge dans ce genre littéraire et ai développé un véritable engouement pour certains auteurs. Ces derniers ont toujours su éveiller le voyageur en moi et ne faire plus qu'espérer avec ardeur un départ futur.

Je vous livre ici ces oeuvres qui m'ont marqué et qui pour moi, sont des odes à l'aventure, à une vie palpitante et aventureuse. Ce sera aussi pour moi l'occasion de dépeindre de véritables amoureux du voyage, des aventuriers dont peu de monde soupçonne l'existence et qui pourtant, sont par leurs achèvements, de véritables légendes.

Joseph Kessel:

Je pourrais écrire un article sur cet auteur, il est de loin mon préféré. Bien qu'il ne soit pas considéré comme un "grand écrivain", il a su donner ses lettres de noblesses au roman de voyage et d'aventure. Kessel n'était pas de ce genre d'auteur à se contenter de fantasmer des aventures paisiblement assis dans son fauteuil. Il était surnommé le Lion et est connu pour ses frasques, sa fureur de vivre et son insatiable soif d'aventure. Né en Amérique latine à la fin du XIX siècle, d'une famille multiculturelle, il part avec ses parents s'installer en France. Il s'intéresse rapidement au journalisme, qui sera pour lui le moyen d'assouvir (partiellement) deux passions, l'écriture et le voyage. Rapidement, il est pris dans la violence de la première guerre mondiale, dans laquelle il combattit en tant qu'aviateur. Le Jeune Kessel n'étant pas rassasié à la fin du conflit mondial, il alla couvrir la révolution bolchévique en Russie. On le retrouvera en tant que reporter durant la guerre d'Espagne et comme résistant durant la Seconde Guerre mondiale. Il accompagna des trafiquants d'armes et de perles en Somalie et au Yemen, traversa l'Afrique de l'Egypte jusqu'à Zanzibar, sublima les paysages de l'Afghanistan, affronta la jungle et les déserts, les trafiquants d'opium de Macao, les vendeurs de rubis de Mogok en Birmanie et courut dans les cieux avec les héros de l'aéropostal.

Sa vie est une aventure à part entière dont il se servit pour écrire ses romans. La majorité de ces derniers sont des versions romancées de son existence et de ses reportages. Son oeuvre est la consécration de valeurs chères à tout voyageur, l'amitié, la fureur de vivre, la curiosité et le courage. Je m'excuse pour l'envolée lyrique mais qui lit Kessel doit au préalable savoir quel homme il a été. Voici les oeuvres qui pour moi, sont emblématiques et centrées sur le voyage et l'aventure.

"La Fortune Carrée" :

Vous reconnaitrez le nom de notre profil dans cette oeuvre, c'est une sorte d'hommage à ce qui est surement l'un des plus grands romans d'aventure qui soit. Le livre est fortement inspiré du vécu de Kessel et de sa rencontre avec Henry de Monfreid (dont il sera question plus tard). Ce dernier nous entraine entre la capitale du Yémen, Sanaa, la mer Rouge et ses dangers, l'Ethiopie et la Somalie. Y sont dépeints des personnages violents mais héroïques et l'amitié d'un jeune français qu'on devine être le double de Kessel avec un capitaine de boutre Mordhom mais également avec un russe en exil Irgricheff, et de leurs péripéties dans cette zone géographique si tumultueuse. L'aventure est prenante, les personnages incroyablement construits, avec des caractères propres, violents, mais dont Kessel a su faire ressortir les faiblesses et la sensibilité.


"Les cavaliers"

Surement l'un des plus grands chef d'oeuvre de Kessel, ce qui est considéré comme son roman le plus construit et abouti. L'oeuvre nous entraine dans l'Afghanistan hors du temps du début du XX siècle. C'est une épopée furieuse, violente et resplendissante. L'on y suit Ouroz, personnage sombre et tourmenté, dans sa course au BouzKachi du Roi (Un jeu d'Asie centrale où s'affrontent deux équipes à cheval autour d'une carcasse de mouton, le but étant de déposer la carcasse dans un cercle délimité), accompagné de son cheval Jehol, personnifié à merveille par l'auteur. On assistera à sa gloire, à sa déchéance et à sa rédemption au fil d'un périple à travers les montagnes Afghanes. Sur ce paysage hors du temps, les personnes prennent une dimension épique mais également sombre, Kessel s'attelant à percer la noirceur du coeur des hommes. Le roman a le mérite de nous emmener dans un Afghanistan qui nous est inconnu, bien avant les temps troubles que connait aujourd'hui le pays.

"Le Lion"

Ce roman a été écrit après l'un des périples de Kessel en Afrique. Le livre, tiré de faits réels, conte la relation étrange mais fabuleuse entre Patricia, une jeune fille européenne vivant depuis son enfance en Afrique et un lion, King. Le récit s'articule autour de cette relation peu conventionnelle, étudiée de près par le narrateur qu'on devinera être un double de Kessel. C'est un roman des plus touchant, car centré sur la personne de Patricia, jeune fille farouche vivant dans la savane quand ses parents, (conservateurs de la réserve naturelle où se joue l'action) tentent désespérément de lui inculquer les manières occidentales dans l'espoir d'en faire une jeune anglaise bien éduquée pour un retour prochain dans la société. La relation unique qui lie la jeune fille et ce lion, est une ode à la nature, à sa diversité, sa richesse, ses dangers, sa violence et enfin à l'Afrique qui, sous la plume de Kessel, est sublimée.

"La vallée des rubis"

Il est question d'une aire géographique tout autre que celles abordées jusqu'ici. L'action prend place dans la jungle birmane, l'on suit deux européens dans le fascinant et dangereux monde du commerce de rubis. L'un d'eux, du fait de son inexpérience dans le milieu, nous entrainera dans les recoins d'une des villes les plus secrètes de Birmanie, Mogok, entre opium, bouddhisme, guérilla et légendes locales, à la recherche d'un gigantesque et fabuleux rubis disparu il y a de nombreuses années. Ce périple qu'a effectivement effectué Kessel, nous amène à relativiser nos désagréments en voyage mais également à sortir de sa zone de confort afin de faire l'expérience d'une vie tout autre, faite de rencontres impromptues.


Henry de Monfeid:

C'est Kessel qui poussa Henry de Monfreid à écrire et le moins qu'on puisse faire, c'est de l'en remercier. Monfreid, que rien ne prédisposait à l'aventure, a une vie à faire pâlir le plus aventureux d'entre nous. Arrivé tardivement en Afrique dans la première moitié du XX siècle, il s'y installa et devint commerçant et contrebandier. Il écrivit de nombreux romans tirés de ses propres expériences. Personnage controversé du fait de ses agissements, il n'en reste pas moins un amoureux de l'Afrique orientale qu'il parcourut de long en large sur son boutre (navire traditionnel de la Mer rouge) et qu'il a dépeint avec brio dans ses oeuvres. Entre le trafic de haschich entre l'Inde et l'Afrique, ses confrontations durant la première guerre mondiale avec les Anglais et les Ottomans, son passé de pêcheur de perles, son amour de la mer et de l'océan, son insatiable soif d'aventure, Monfreid saura séduire le voyageur qui prendra le temps de se perdre dans ses pages.

Pour avoir un portrait fidèle et sans détour du personnage, je conseille de lire "Mes vies d'aventures" son auto-biographie retraçant son parcours et ses aventures. Sinon n'importe lequel de ses romans fera l'affaire pour éveiller, le temps d'un trajet, l'appel du large !

Ryszard Kapuscinski, "Ebène"

Kapuscinski est un reporter et écrivain polonais qui a parcouru, pour le compte de son journal, l'Afrique dans sa quasi totalité durant la deuxième partie du XX siècle au plus fort des mouvements de décolonisation, d'indépendance et des guerres fratricides. Mais au-delà de cet aspect violent, il y dépeint une Afrique qu'il aime par-dessus tout. Ce continent, l'auteur le connait, il l'a parcouru pendant des années, au gré des rencontres, des opportunités, des nécessités, rencontrant les hommes qui tentèrent de faire de l'Afrique une terre nouvelle et prospère, assistant impuissant aux troubles qui la ravagèrent. Kapuscinski est un de ces voyageurs que peu de choses effraient, se satisfaisant du minimum de confort, pourvu que les rencontres soient nombreuses et authentiques, et par ses écrits, il invite à faire de même et à relativiser notre sécurité et notre confort en voyage.

Ernest Hemingway:

Ernest Hemingway. 

"L'adieu aux armes"

L'émouvant périple d'un soldat fuyant les combats de la Première Guerre mondiale pour trouver un peu de quiétude dans un monde ravagé par la guerre et la violence. Ce n'est pas un roman de voyage à proprement parlé, mais les thématiques inhérentes aux voyages comme le premier pas, le lâché prise, la fuite, sont présentes, avec, en toile de fond, les magnifiques paysages Italiens et Suisses.

Stefan Zweig

"Le Monde d'hier"

Le voyage n'est pas le thème principal de l'oeuvre, c'est avant tout les mémoires de Zweig avant sa disparition pendant la Seconde Guerre mondiale. Il y traite de l'Europe telle qu'il voudrait qu'elle soit et telle qu'elle fut et de son malheur et de son impuissance face aux ravages de la guerre et des nationalismes qui minèrent le continent. Zweig, sans être un "baroudeur", a voyagé à travers toute l'Europe et en Amérique latine, afin de rencontrer les grands hommes de son temps. Outre l'aspect historique, il décrit donc un continent rêvé dans lequel les frontières seraient inexistantes et le voyage plus aisé, où l'art et la culture seraient les préoccupations majeures et où la paix serait le maître mot. Sous sa plume, les capitales européennes et leurs peuples sont magnifiés et le portrait qu'il nous donne d'une Europe Pré-Première Guerre mondiale nous fait penser avec nostalgie à un temps inconnu et pourtant regretté. "Le Monde d'hier" est une des oeuvres les plus touchantes qu'il m'ait été donné de lire, à la fois témoignage historique, oeuvre nostalgique d'une époque passée et les mémoires d'un homme profondément épris de la vie dans ce qu'elle a de plus beau à offrir.

Jack Kerouac

"Sur la route"

Cette oeuvre de Kerouac, icône de la "beat generation" est un road-trip haut en couleurs dans une Amérique que l'auteur et son double ont du mal à accepter. Epopée quasi Rock'N'Roll, sous fond de révolte idéologique, c'est une des oeuvres majeure de l'auteur.

Cormac McCarthy

"La route"

Le moins qu'on puisse dire, c'est que le voyage dans cette oeuvre, n'est pas glorifié, car il s'agit ici d'avantage d'une fuite vers un avenir meilleur plus que d'assouvir notre curiosité sur le monde qui nous entoure. L'action prend place dans un pays qu'on soupçonne être l'Amérique, autour de deux personnages qui ne seront jamais nommés. Après un cataclysme inconnu qui a ravagé l'humanité, un père et son jeune fils, voyagent inexorablement vers le Sud à la recherche d'une vie meilleure, dans un monde dévasté, où le soleil est constamment masqué, où les hommes, pour la plupart d'entre eux, sont retournés à l'état de bêtes dénuées de sentiments. L'oeuvre est dure, crue et violente, mais magnifique, la relation unissant les deux protagonistes est des plus touchante et émouvante, rappelant à la fois la fragilité de nos êtres et de notre société.

Nicolas Bouvier:

"L'usage du monde"

L'usage du monde est le récit du voyage fantastique qu'entreprirent deux amis à bord de leur Fiat Topolino et qui les mena, au départ de l'Europe jusqu'aux confins de l'Afghanistan. Nicolas Bouvier, tisse au fil de son ouvrage une réflexion profonde sur le voyage et ses bienfaits, tout en effectuant le récit de leurs péripéties, sans filtre et avec honnêteté, sans occulter les peurs, les doutes et les détails sordides. L'oeuvre fait s'émerveiller face à la capacité d'adaptation de ces deux hommes dans les situations qu'ils rencontreront et les peuples qu'ils côtoieront. Véritable hymne à la simplicité de vie, à la curiosité et à l'amitié, "L'usage du monde" est bien plus qu'un simple récit de voyage et apparaît, à mon sens, comme l'oeuvre la plus aboutie dans ce registre.

Le mot de la fin:

Je n'ai cité que certaines oeuvres qui m'ont profondément touchées, il y en a tant d'autres, ma bibliothèque est pleine à craquer, la présente liste sera peut être actualisée dans un futur proche. Pour compléter cet article, je peux citer des oeuvres que je n'ai pas encore lu ou que j'ai choisi de ne pas faire figurer, comme l'intégralité de l'oeuvre de Jules Verne, ou s'il s'agit d'une oeuvre plus sociale qu'autre chose "Les raisins de la colère" de Steinbeck. Dans un genre plus fantastique, pourquoi ne pas citer "Le Hobbit" de Tolkien qui est après tout le récit d'une grande épopée. J'invite aussi les curieux à lire les éditions Transboréal, spécialisées dans la littérature de voyage et les auteurs/voyageurs, de très bonnes biographies ont été réalisées sur Joseph Kessel, Hemingway ou encore Saint-Exupéry.

Pour terminer, j'aimerais partager un texte de Pablo Neruda qui me tient à coeur.

"Il meurt lentement

celui qui ne voyage pas,

celui qui ne lit pas,

celui qui n'écoute pas de musique,

celui qui ne sait pas trouver

grâce à ses yeux.

Il meurt lentement

celui qui détruit son amour-propre,

celui qui ne se laisse jamais aider.

Il meurt lentement

celui qui devient esclave de l'habitude

refaisant tous les jours les mêmes chemins,

celui qui ne change jamais de repère,

Ne se risque jamais à changer la couleur

de ses vêtements

Ou qui ne parle jamais à un inconnu

Il meurt lentement

celui qui évite la passion

et son tourbillon d'émotions

celles qui redonnent la lumière dans les yeux

et réparent les coeurs blessés

Il meurt lentement

celui qui ne change pas de cap

lorsqu'il est malheureux

au travail ou en amour,

celui qui ne prend pas de risques

pour réaliser ses rêves,

celui qui, pas une seule fois dans sa vie,

n'a fui les conseils sensés.

Vis maintenant!

Risque-toi aujourd'hui!

Agis tout de suite!

Ne te laisse pas mourir lentement!

Ne te prive pas d'être heureux!"

Oh merci pour cette belle sélection. J'ai lu hier la dernière page de l'Usage du Monde, et c'est à mon tour de te le recommander (s'il fait partie de ceux que tu n'as pas lu). Je vais jeter un œil du côté de Kessel et Monfreid que je ne connais pas.

Par ailleurs, dans la catégorie maritime, il est indispensable selon moi de lire Magellan de Stephan Zweig, et plus anecdotiquement (et historiquement), Voyage autour du monde de Bougainville.

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